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Bloc notes de Jean-Laurent sur les Spiritualités

Bloc notes de Jean-Laurent sur les Spiritualités

Informations sur les spiritualités, les religions, les croyances, l'ésotérisme, la franc-maçonnerie...


Peut-il y avoir une spiritualité sans Dieu ?

Publié par Jean-Laurent Turbet sur 25 Novembre 2005, 00:45am

Catégories : #Protestantisme, #Spiritualité, #Dieu, #Religions

Foi et spiritualité semblent appartenir à deux domaines de perception différents : la première est de l’ordre de la certitude et de l’assurance, ancrée à un « hors de soi », alors que la seconde est quête, tremplin pour un voyage intérieur, vers un « soi même ».
 
par Alain HOUZIAUX
 

Qu’est-ce que la spiritualité ? La spiritualité est tout autre que la foi. La foi, contrairement à ce que l’on pense souvent, est de l’ordre de la certitude et de l’assurance. Si on a la foi, on est sûr et certain que l’on croit, même si on ne peut pas forcément le définir avec précision. En revanche, la spiritualité est de l’ordre de la quête d’un « je ne sais quoi ». « Spiritualité » vient d’« esprit » et l’esprit est un souffle, un presque rien. La spiritualité a à faire avec l’âme et les états d’âme. Elle est de l’ordre du subtil, du ténu, de l’impondérable. Alors que la foi est une ancre solidement arrimée hors de soi, la spiritualité est un tremplin. Georges Bataille dit qu’elle est « la volonté de devenir la proie de l’inconnu ».

De même, la spiritualité doit être différenciée de la sagesse, même si, aujourd’hui, les deux notions touchent souvent le même public. Mais, à mon sens, la spiritualité se rapproche de la psychologie alors que la sagesse a des points communs avec la philosophie et l’éthique. La sagesse est d’abord stoïcienne, elle est une forme de consentement au monde, au destin et à la mort. La spiritualité est la quête et même l’invention d’un sens, alors que la sagesse peut être une forme de consentement à l’absurde. La sagesse conduit à la sérénité, alors que, selon Georges Bataille, « l’expérience intérieure répond à la nécessité où je suis de remettre tout en cause, sans repos admissible ». Elle est un voyage au bout du possible.

De même encore, la spiritualité est différente de la mystique. La mystique est un oubli de soi dans un océan sans limite (voir le « sentiment océanique » de Romain Rolland et de Freud). Elle est une extase hors de soi. Elle est une exténuation du moi dans une forme de contemplation dans laquelle on se perd soi-même dans le regard que l’on porte sur le vide ou sur Dieu. En revanche, la spiritualité est de l’ordre de l’expérience, non pas de l’au-delà mais plutôt de soi-même. La spiritualité est une forme d’enchantement de soi-même, elle est un voyage intérieur. La vertu cardinale de la spiritualité est l’attention, et en particulier l’attention à ce qui se vit et s’exprime en soi alors que le maître mot de la vie mystique, c’est celui d’oubli et en particulier d’oubli de soi.

Le « vilain petit canard »

En fait, c’est peut-être saint Augustin qui est le premier témoin de ce que l’on appelle aujourd’hui la spiritualité. Dieu lui apparaît, et lui apparaît en lui, comme le seul chemin vers lui-même. « Dieu, dit-il, est plus près de moi que je ne le suis moi-même [interior intimo meo]. » Au fond, pour lui, découvrir Dieu et se découvrir lui-même, c’est la même chose. L’intériorité, le cœur, le moi deviennent alors le chemin vers Dieu.

Jusqu’au XIXe siècle, la spiritualité s’est exprimée dans le giron du christianisme officiel. Pour être plus précis, elle a été le « vilain petit canard » du christianisme officiel, pour reprendre l’image du conte d’Andersen. C’est le christianisme qui l’a couvée, mais il l’a fait comme un cygne peut couver un œuf de canard. En réalité, la spiritualité n’est pas de la même essence que la foi chrétienne orthodoxe. Elle est d’une nature tout autre. D’ailleurs, il faut noter qu’en dépit de l’inculturation de la spiritualité dans le christianisme les courants spiritualistes et quiétistes de Madame Guyon, de Fénelon et de bien d’autres ont souvent été condamnés par l’Eglise officielle.

Et c’est pourquoi, aujourd’hui, la spiritualité a pris son indépendance, et est de moins en moins couvée par le christianisme et par la manière chrétienne de confesser Dieu. Il n’y a plus de lien de cause à effet entre le fait de croire en Dieu et celui d’avoir une forme de spiritualité.
Alain Houziaux est pasteur de la paroisse réformée de Paris-Etoile.

 


Foi en Dieu et spiritualité : deux faux jumeaux ?

 

On pourrait considérer que la foi en Dieu et la spiritualité sont deux faux jumeaux et que la foi est l’ennemie de la spiritualité, tout comme elle est, a-t-on dit, l’ennemie de la religion. La spiritualité serait alors vue comme une forme abâtardie de la « vraie » foi dans le « vrai » Dieu. Elle volatiliserait la référence à Dieu. Ce qui manquerait à la spiritualité, ce serait justement « Dieu », un Dieu digne de ce nom, autrement dit celui du christianisme officiel. Ainsi, certains pourront aller jusqu’à dire que la foi en Dieu appelle à une déconstruction de la spiritualité, celle-ci étant comprise comme une forme de narcissisme et de nombrilisme alors que la foi appellerait à une dé-préoccupation de soi.

Pour moi, la notion de spiritualité est « neutre » par rapport à la foi en Dieu. De même, le fait d’aimer la poésie japonaise, ou d’avoir du goût pour la musique de Beethoven peut être considéré comme neutre et sans rapport avec le fait de confesser Dieu ou de ne pas le confesser. On peut avoir une forme de spiritualité sans pour autant croire en Dieu. Et, inversement, on peut tout à fait croire en Dieu tout en n’ayant aucune forme de spiritualité.

Même s’il est de bon ton, chez bien des croyants traditionnels, de se méfier de la spiritualité, il faut reconnaître sa profonde valeur et cesser de la considérer comme une forme d’automassage. En fait, la spiritualité est la vie de l’esprit faite chair. Elle incarne dans le quotidien de l’existence et dans la psychologie individuelle ce que disent la poésie, la musique et peut-être même le sens du sacré. Elle exprime l’humanité de l’homme et ce qu’il y a de plus pur et de moins grossier en lui. Elle fait contrepoint à sa volonté de puissance, à sa bêtise et à sa brutalité. Mais, pour être en plénitude ce qu’elle est, elle n’a nul besoin d’être religieuse ni de faire référence à Dieu.

Il faut que les croyants cessent de présupposer que l’homme doit nécessairement croire en Dieu pour exprimer le meilleur de lui-même. La spiritualité peut tout à fait se vivre « sans Dieu ». Bien plus, elle assume pour un large public une fonction que les Eglises et les religions ne savent plus et souvent ne veulent plus assumer : celle d’exprimer la vie et d’aider à vivre mieux, dans tous les sens de ce « mieux ».

La véritable question qui se pose, ce n’est pas : « Peut-il y avoir une spiritualité sans Dieu ? » mais plutôt : « Peut-on retrouver une spiritualité avec Dieu ? » Comment ceux qui continuent à être des pratiquants de nos Eglises peuvent-ils retrouver une vie spirituelle aussi riche que celle des fils prodigues qui les ont quittées ? Comment ceux qui se disent « avec Dieu » peuvent-ils retrouver une spiritualité ? Et si oui, laquelle ?
A.H.

 


A noter

« Peut-il y avoir une spiritualité sans Dieu ? »

Avec Jacqueline Costa-Lascoux (sociologue, psychologue, auteur de Les trois âges de la laïcitéYvan Levaï (directeur de Tribune juive) et Paul Lombard  (avocat, écrivain, auteur de Le vice et la vertu).

 

 

Mercredi 30 novembre 2005, 20 h

 

Eglise réformée de l’Etoile
54, avenue de la Grande-Armée, Paris 17e.

Source : Réforme

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