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Bloc notes de Jean-Laurent sur les Spiritualités

Bloc notes de Jean-Laurent sur les Spiritualités

Informations sur les spiritualités, les religions, les croyances, l'ésotérisme, la franc-maçonnerie...


Quelques mots sur Stanislas de Guaita lors de sa mort en 1897. Deux articles extraits de la revue L'Initiation, fondée en 1888 et dirigée par Papus.

Publié par Jean-Laurent Turbet sur 5 Août 2020, 18:33pm

Catégories : #Esotérisme, #Symbolisme, #Occultisme, #Kabbale, #deGaita, #Wirth, #Sédir, #Papus, #Initiation, #GLDF

Quelques mots sur Stanislas de Guaita lors de sa mort en 1897. Deux articles extraits de la revue L'Initiation, fondée en 1888 et dirigée par Papus.

Je considère Oswald WIRTH (1860 - 1943), écrivain, symboliste, magnétiseur, franc-maçon, membre de la Grande Loge et du Suprême Conseil de France, rénovateur de la Tradition et du symbolisme, martiniste,  comme mon Maître.

Je me reconnais totalement dans son oeuvre magistrale qui est une source quotidienne d'inspiration.

Nous connaissons bien ses ouvrages ("La Franc-Maçonnerie expliquée à ses adeptes" en trois tomes, "le tarot des imagiers du Moyen-Âge", "le symbolisme occulte de la Franc-Maçonnerie", "le symbolisme astrologique", "les mystères de l'Art Royal", "le symbolisme hermétique et ses rapports avec la Franc-Maçonnerie", "l'imposition des mains"...) tous ces ouvrages qui - avec les centaines d'articles écrits par Wirth, notamment dans sa Revue créée en 1912 "Le Symbolisme - font aujourd'hui encore autorité et sont absolument nécessaires pour comprendre un tant soi peu ce que l'on énonce lorsque l'on parle de symbolisme, d'ésotérisme ou d'initiation.

J'ai consacré, et je consacrerais encore, des articles à Wirth et à ce monde passionnant de l'ésotérisme et de l'occultisme parisien de la fin du 19ème et du début du 20ème siècle.

Car mon maître avait un Maître, dont il fut le principal collaborateur : Stanislas de GUAITA (1861-1897). Occultiste et poète français, il est connu par une oeuvre riche et féconde et pour être cofondateur avec Joséphin Peladan (1858-1918) de l'Ordre kabbalistique de la Rose-Croix.

GUAITA dont WIRTH disait : « Partant d'Éliphas Lévi, il était remonté aux Kabbalistes de la Renaissance et aux Philosophes hermétiques du Moyen Âge, lisant tout et comprenant tout avec une prodigieuse facilité. Les textes les plus obscurs s'éclairaient dès qu'il y projetait la clarté de son esprit solaire. Il se jouait des problèmes métaphysiques et j'étais loin de pouvoir le suivre... »
Oswald Wirth, Le Tarot des Imagiers du Moyen Âge, Émile Nourry, Paris, 1927.)

De GUAITA est en effet fasciné par la lecture de l'œuvre d'Éliphas Lévi (1810-1875) , dont il se fera dès lors le commentateur ; La lecture de Fabre d’Olivet (1767-1825), personnage passionnant, protestant cévenol, hébraïsant, promoteur de l'Occitanie et occultiste,  l'oriente vers les grands mystères en général et vers la langue hébraïque ; et Saint-Yves d'Alveydre (1842-1909) l'initie à la Synarchie.

Il entre dans le tout récent Ordre Martiniste de son ami le docteur Gérard Encausse (1865-1916), plus connu sous le pseudonyme de PAPUS. Stanislas de GUAITA écrira de nombreux articles dans la revue L'Initiation, créée par PAPUS en 1888. Lorsque la revue l'Initiation cessera de paraître en 1912, Oswald Wirth crééera une nouvelle revue "Le Symbolisme".

Mais tous ces hommes font partie du même monde de l'ésotérisme parisien de la fin du 19ème siècle et du début du 20ème siècle. Monde passionnant, foisonnant d'idées, que nous devons impérativement redécouvrir pour nous en inspirer.

C'est de la revue l'Initiation que j'ai tiré deux articles parus en janvier 1898 dans l'Initiation, après la mort de Stanislas de GUAITA. 

Le premier article est de Marc Haven (1868-1928) et l'autre de Sédir (1871-1926).

Vous trouverez en pièce jointe le numéro comple de l'Initiation de Janvier 1898.

Je vous laisse en savourer la lecture.

 

Jean-Laurent Turbet

PS : Deux loges de la Grande Loge de France ont un titre distinctif inspiré de PAPUS.

La loge N°719 "Papus" et la loge N°904 "Gérard Encausse", créée par le fils de PAPUS, Philippe Encausse.

Il existe également la loge N°1127 "Oswald Wirth" et la loge N°1582 "Albert Lantoine".

LE KABBALISTE

Par Marc Haven

Celui que nous venons de perdre et qui, à tous points de vue, nous appartenait par ses œuvres, par sa pensée, par les élans de son cœur vers plusieurs des nôtres, Stanislas de Guaita laissera dans nos rangs une place vide et difficile à combler.

Je ne veux parler ici ni de ses œuvres de réalisation ni de la Rose-Croix kabbalistique dont il était le grand maître, ni des efforts qu’il fit pour réunir les trésors d’une bibliothèque qui était une merveille, ni de ses ouvrages que tous nous avons lus et relisons.

D'autres le feront mieux que moi.

Mais je n’ai pas voulu que des amis donnent un adieu solennel et unique à notre cher de Guaita sans que mon nom figurât aussi parmi les leurs : hommage rendu à un prédécesseur. à un combattant de la première heure, témoignage de reconnaissance et d’affection pour un accueil toujours si bienveillant, si simple et si cordial. Aussi ai-je brigué l’honneur de parler ici du kabbaliste.

La kabbale était certes de toutes les branches des hautes sciences celle qui était la préférée de notre ami, et de la posséder mieux que tout autre, il s’enorgueillissait à juste titre. Je ne rappellerai pas les pages entières de ses livres qui révèlent l’érudit orientaliste, le chercheur des mystères des lettres, je ne dirai pas les précieux manuscrits, les in-folio hébraïques qui enrichissaient les bas rayons de sa bibliothèque. Ce ne serait pas assez dire.

Car il est deux sortes de kabbale et je dois m’appesantir sur la différence qui les sépare.

L’une, la kabbale littérale, est celle qu’ont entrevue tous les philologues, que certains ont analysée et classée. C’est celle qui, par son aspect précis et mathématique, a frappé l’imagination de plusieurs et qui reste encore à l’état de science morte, de squelette entassé parmi la masse terrible des études talmudiques. Il n'est pas de rabbin, si ignorant soit-il, qui n’en connaisse quelques bribes; c’est cette kabbale qui s’exalte aux tables commutatoires, s’inscrit aux talismans des sorciers, aux amulettes parcheminées des juifs et même, dérision, se traîne parmi les conventions typographiques chez les éditeurs d’œuvres hébraïques.

Cette kabbale n’était vivante que des idées qu’elle exprimait, et jadis, au temps du Zohar, et même au temps de la nouvelle kabbale, au XVIème siècle, toute une mystique spéciale et délicate, possédant sa langue et ses symboles, s’exprimait par son intermédiaire. Ceux qui ont étudié les livres du Zohar, les traités des kabbalistes de toutes époques, savent quelle patience, quels efforts sont nécessaires, d’abord pour pénétrer le sens des symboles, pour en préciser l’origine, ensuite pour suivre en leurs rapprochements les explications don nées par les sages kabbalistes.

Quelques rares savants parmi les juifs, quelques esprits d’élite possèdent cette science longue à apprendre, plus âpre que Vronsky, plus diffuse que de la mystique espagnole, plus complexe que de l’analyse gnostique. Mais pour la pénétrer, il faut dix ans d’étude et d‘isolement; il faut ne vivre que pour cela et dans cela. Il faut que la pensée, sans cesse fixée sur ce même point, s‘y attache si fortement que rien ne l’en puisse arracher et que ces efforts soient couronnés enfin par l’appui protecteur de quelque génie, évoqué par le constant appel et le mérite du travailleur.

Certes, cette kabbale ainsi comprise et étudiée mérite toute l’attention et le travail de ceux qui veulent arriver; mais, le plus sou vent, arrêtés dès le début par la distraction ou la lassitude, les chercheurs piétinent sur place, se découragent et demeurent de superficiels érudits, aptes, il est vrai, à jeter de la poudre aux yeux des ignorants, mais incapables et de peu d’intérêt.

Stanislas de Guaita savait tout cela: il connaissait les dangers de cette pseudo-Kabbale, de cette fausse érudition plus propre à détourner les esprits du droit chemin qu’à les mener à la vérité. Aussi ne s‘y est-il jamais arrêté, et lorsqu’il établit les examens initiaux des grades kabbalistiques il eut soin de laisser aux élèves la plus grande latitude sur ce point. S’il fallait poser une question de vraie kabbale littérale à celui qui se présente, me disait-il un jour, qui pourrait y répondre? Et même quel professeur serait apte à le faire. Un kabbaliste doit pouvoir lire à livre ouvert un ouvrage rabbinique quelconque, en donner l’explication dans la langue même de la mystique juive, c’est-à—dire en l’appuyant de textes pris aux œuvres qui font autorité en ces matières, y apporter les lumières personnelles de sa réflexion et de ses recherches.

L’étudiant aurait donc quatre-vingt-dix ans, puis qu’une existence suffirait à peine à ce labeur, à cette évolution. Et le maître? Où serait-il? Cette grande et noble science qu’est la science de la Kabbale ne doit pas être profanée et ridiculisée par l’ignorance orgueilleuse, et il est tout aussi pitoyable de voir des ignorants réciter quelques mots de Molitor, répéter quelques formules de Franck, qu’il le serait de voir des enfants ajouter bout à bout une fraction, un cercle et une équation trigonométrique, et de les entendre crier qu’ils savent les mathématiques. Que faire alors? Est-il donc une autre Kabbale? Oui, et je veux le démontrer ici. Il est une autre science théologique que celle de l’école officielle puis qu’il a toujours été des hérétiques et des mystiques ; il est une autre mystique que celle du Talmud et d'autres interprétations de la Torah puisqu’il y eut parmi les Kabbalistes même tant de maîtres proscrits, persécutés et qui finalement passèrent au christianisme.

De part et d’autre, du monde chrétien et du monde juif, sont sortis des hommes qui ont rompu tout charme et se sont dégagés de toute contrainte pour rechercher individuellement la vérité de leur mieux. Les Guillaume Postel, les Reuchlin, les Khünrat, les Nicolas Flamel, les Saint-Martin, les Fabre d’Olivet, que sont-ils? Voilà les maîtres de la Kabbale telle que la voyait Stanislas de Guaita, telle qu’il sut vraiment la faire connaître et l’enseigner. Ces hommes furent d'âpres conquérants en quête de la toison d’or, refusant tout titre, toute sanction de leurs contemporains, parlant de haut parce qu’ils étaient haut situés et ne comptant que sur les titres qu’on obtient de ses propres descendants. Ces titres-là sont les seuls, puisque, comme l’enseignent la tradition et la symbolique égyptienne, c'est nous-mêmes qui devons nous juger.

Le fleuve passé, nous apparaissons nus ayant laissé nos vêtements de mort avec nos rêves, et alors à chacun selon ses œuvres vives: Notre Dieu est celui des vivants et non pas celui des morts.

Cette autre Kabbale qui éclaire les livres de Guaita et qui dirigea ses œuvres, il voulait la voir plus connue, mieux précisée avant sa mort, et certes ce dut être une de ses souffrances de sentir qu'il nous quittait avant d’avoir réalisé dans cet ordre d’idées tout ce qu’il rêvait de grand et de définitif.

Il était un de ces êtres que l’effort, que le travail continué sans relâche, que l’épreuve acceptée et supportée avaient élevés, à la seule, à la véritable initiation: il était de ceux qui savent qu’il n’est ni clef secrète pour violer la demeure des Sages, ni sentiers raccourcis pour monter à l'amphithéâtre de Sapience divine et que la route est la même pour tous.

Ce symbole des épreuves subies avec patience et courage et qui amènent ensuite à la vue de la pure lumière, il l’avait connu et le savait continuellement réalisable dans les moindres actes de la vie. Tous ceux qui travaillent, bons ou méchants, sont ouvriers du Ciel quoi qu’ils en pensent, quoi qu’ils puissent en dire; seuls les tièdes sont rejetés au jour du jugement. Et comment pourrait-il en être autrement puisque tous, dans les champs où nous travaillons, nous sommes sur les terres du Maître suprême et ne faisons que ce qu’il nous permet de faire? Ouvriers aveugles et qui croyons travailler pour nous, nous n’accomplissons en somme que ce qu’Il a voulu de tout temps, nous ne nous agitons que pour que devienne sans cesse plus présente et plus manifeste la gloire divine de Jésus-Christ. La permanence de cet enseignement, l’annonce et la révélation continue de l‘ésotérisme au travers des temps et des philosophies, voilà l’œuvre de cette autre Kabbale, et ce fut aussi l’oeuvre de Stanislas de Guaita.

C’est pour cela et en cela qu’il fut vraiment Kabbaliste. Mais plus encore que l‘homme de science, plus que le kabbaliste orthodoxe et profond, j’admirais en notre cher de Guaita l'être de bonté qui savait se révéler aux grands moments, celui dont la nature vibrante et noble, profondément noble, s’émouvait aux cris de la souffrance, aux gémissements de l’oppression, aux chants enthousiastes vers la beauté ou vers la bonté. Là, c’était son cœur qui parlait, son cœur, centre et tabernacle de lui-même; et, lorsqu’on avait su frapper à cette porte dont il éloignait les in discrets dès le début, on trouvait le jeune et fier ami que plusieurs ont connu, le très simple et très bon frère. C’est ainsi que je veux toujours me souvenir de lui.

Dr MARC HAVEN.

L'ŒUVRE DE STANISLAS DE GUAÏTA
 au point de vue occulte

Par Sédir

Ce n’est pas sans appréhension que, pour me rendre au désir du Dr Papus, j'entreprends d’écrire ces pages, trop insuffisantes, à la mémoire de l’un de mes premiers maîtres et de mes plus chers amis. Loin de moi la prétention de vouloir juger l’œuvre imposante du penseur, l’édifice parfaitement beau — quoique la mort soit venue en arrêter l’achèvement — élevé à la gloire de la Tradition occidentale; je ne suis rien que le plus petit des serviteurs d’une phalange d’esprits admirables, dont la Providence me propose journellement comme exemples la science et la sainteté ; je ne sais donc rien qu’Elle ne m’ait appris par leur bouche, et, si ces pages peuvent aider les chercheurs sincères à mieux comprendre la pensée de Guaita, ce sera grâce aux fragments que j’ai pu retenir des leçons de ces apôtres parmi les premiers desquels il fut selon la science et selon l‘ancienneté. 

Un Français, reçu il y a de longues années dans les cryptes mystérieuses des temples de Shiva, me racontait un jour ses épreuves d’initiation et me redisait les conseils du Collège dont il avait été l’élève: « Va, lui avait-on dit; retourne dans ta patrie, reste toi-même, demeure inconnu, et ne te laisse séduire par aucun reflet et par aucun serpent. » Eh bien, Stanislas de Guaita était, par droit de naissance, semble-t-il, le cerveau puissant, la volonté royale devant le regard direct de qui tremblent et s'évanouissent toutes les volutes du Grand Serpent.

Et en fait, tout son labeur fut consacré à définir, à éclairer, à mettre au jour l’essence, la nature et la biologie de cette force mystérieuse dans son aspect radical. Toute œuvre de science occulte, si même elle est écrite dans une langue profane, comme la nôtre, contient, par le seul fait qu’elle reflète les formes essentielles du Verbe, un sens naturel, un sens comparatif et un sens hiéroglyphique. Sans prétendre ici découvrir quels enseignements plus cachés se trouvent sous le brillant voile philosophique et pythagoricien du Temple de Satan, nous pouvons tout au moins le regarder sous un angle plus direct que ne le font d’ordinaire les lecteurs sortis du Monde ou de l’École.

L’hiéroglyphisme vivant des antiques synthèses va nous servir de guide, et parmi ses multiples symboles, c’est celui du serpent que nous allons étudier. Nous voyons un animal qui semble appartenir aux plus primitives espèces que la Terre ait enfantées; il est contemporain des époques antédiluviennes, des paroles gigantesques, des fougères arborescentes; il foisonne là où la terre impure semble le plus douloureusement pressurée par les rayons d’un soleil dévorant, où sous l’action torturante de ce feu qui transperce ses entrailles, les umus, les excrétions végétales, les terreaux en fermentation, toutes ces formes du noir Satan voient se condenser en l'être reptiforme l’essence de leurs venins et toutes les colères méchantes de leurs âmes obscures. Le serpent est lié à la terre, c’est un être céleste à qui les ailes furent coupées; dans la lumière de gloire, il fut le séraphin brûlant d’amour; ce n’est plus qu’une créature de répulsion et d’effroi, dévorée du feu colérique de la Haine, à la surface de l’Enfer zodiacal; dans sa substance, c’est le Mercure universel ; c’est pourquoi il était le signe d’Hermès et d’Esculape; son principe divin, c’est le Saint-Esprit.

Voilà comment, selon la tradition précieuse, mentionnée l‘autre jour par le docteur Marc Haven, Stanislas de Guaita fit, avant de recevoir la Couronne des Elus avec le baiser mystique de l’Eternel, qui l’a ravi à ses frères et à ses élèves, de cette Clé de la magie noire, un commentaire au Shir—hashirim au chant de l’Esprit-Saint. Dans son exposition des mystères cosmogoniques et physiogoniques, le marquis de Guaita a pris comme guide celui que le Phil... inc... appelait « la plus grande lumière qui ait paru sur la terre après Celui qui est la Lumière même ».

Je veux dire l’humble cordonnier de Gorlitz, Jacob Boehme. Il en a éclairci les sublimes ténèbres avec le chandelier à sept branches, du Bereshit; il a confronté l’obscur artisan spectateur des mêmes magnificences éternelles du fond de son échoppe, parmi les soucis terre à terre de la vie domestique, avec le thaumaturge du Sinaï,tout un peuple jeté dans la poussière à ses pieds, tandis que se déroule dans les fulgurances de la Lumière de Gloire, l’épopée formidable de Celui dont il préparait le Temple.

L’œuvre de Guaita, ce n’est pas des livres, c‘est un palais, avec des salles solennelles, ou obscures ou gaies, avec ses caves, les puits de ses oubliettes, et la tour, hélas! inachevée, d’un donjon que l‘on prévoyait majestueux; dans ces salles ont été convoqués tous les maîtres de l'Esotérisme et ses élèves aussi. Voici le laboratoire hétéroclite du souffleur, voici les modestes instruments du véritable alchimiste, sur cette terrasse l’astrologue observe les étoiles; au fond des fossés, la sorcière fait la chasse aux crapauds et cueille les plantes vénéneuses; dans la chapelle prie le mystique. voici l’oratoire que le magicien dispose selon les sept Formes, voici la vaste bibliothèque où le savant compulse les in-folio. De toutes ces pièces fermées, les serrures obéissent à une seule clé, double par ses branches, triple dans ses usages, et c’est ici qu‘il convient d’appeler l’attention sur une particularité importante dans l’étude intellectuelle de l'Occultisme. Notre entendement, bien que susceptible d‘un développement indéfini, a besoin, pour vivre, des notions du Temps et de l’Espace; c’est dire que la meilleure méthode pour le développer consiste à ne lui refuser aucune nourriture, c'est-à—dire à accepter toutes les idées, parce qu'elles contiennent toutes une part de vérité et une part d‘erreur, et parce que erreur et vérité sont des termes relatifs.

Ainsi aucun ésotérisme ne doit être négligé; l’occulte est partout: et chaque maître nous l'a présenté sous un jour différent. Le spectacle auquel nous convie Stanislas de Guaita fait paraître l’Univers sous l’aspect de la Polarité universelle. Nul n’a aussi bien compris, si ce n’est Eliphas Levi, que le noir et le blanc ont besoin l’un de l’autre pour exister, et se nécessitent réciproquement? et surtout nul ne‘fait si bien comprendre à ses lecteurs ce principe de toute manifestation temporelle. C’est dans l’omnivers, Abel et Caïn, c’est dans notre système zodiacal, lonah et Hereb, c’est en français l’Espace et le Temps, chez les Grecs, Rhea et Saturne, pour Bœhme, l’expansion et l’astringence, pour Saint-Martin, le mouvement et l’inertie: c’est Michael et Satan; c’est l’Esprit Saint et le Serpent; c’est dans la météorologie, le jour et la nuit; en alchimie le Soufre et le Sel.

Ainsi les myriades de phénomènes, de formes, d’êtres, de lois, de passions, viennent se ranger dans l’un ou l’autre de ces camps, et n'y attendent plus que le lien qui doit les réunir à nouveau, les réactionner, évertuer leurs forces latentes et les faire mourir pour donner le jour à de nouveaux êtres. Ce lien, c’est le Grand Hermès, et nous laisserons au lecteur le plai sir de retrouver à chaque page des livres de Guaita la silhouette du Messager des Dieux, courant de l’actif au passif et revenant du passif à l’actif. t ou Ceci nous amène directement au terme de l’omnivers. à la source incognoscible d’où il découle sans cesse, à la théogonie. Celle que nous expose le Grand—Maître de la R æ kabbalistique, c’est la face même du Dieu de la syn thèse orthodoxe, c’est le Nom Incommunicable, de qui la révélation du Christ a permis de soulever encore un voile. Sous le voile d’Aesch, du feu divin qui s’irradie d’en haut, « et ‘qui dissimule l’essence même de l’incom münicable unité », le regard hardi de l’initié s’élève jusqu’à la source cachée où repose la vertu du Père, jusqu'à la splendeur vivante qui en efflue comme le Verbe, Ilzoâh Elohim, jusqu’à l’Amour suprême, Rouach Hakadosh, qui procède de l’un et de l’autre, qui est l’agent de leurs merveilles, l’inexplicable médiateur entre leur essence irrévélée et leurs multiples manifestations.

C’est dans le troisième volume du Serpent de la Genèse que Guaita s’était d’ailleurs réservé la tâche de sonder les profondeurs éblouissantes du premier Ter naire, mais la Providence n’a pas voulu que de telles lumières nous parvinssent ; respectons l’obscurité mystérieuse de ses desseins. . .4 Selon Guaita, voici la clé de l’Androgonie, et par conséquent le moyen comme le but de l’Evolution initiatique: L’Homme-Essence et Dieu manifesté sont iden tiques. Du point de vue de la Nature-Essence, le Verbe, le Ihoâh-Elohz‘m de Moïse est l’hommetype, l’Adam Kadmôn, ou le principe originel de tous les êtres vivants. . Du point de vue de la Nature physique, ce Verbe est Dieu manifesté : c’est Celui que nous adorons sous le nom de Ieshouah. Ainsi le dogme de l’Incarnation du Verbe possède une signification réelle et précise, spécialement en ce qui concerne l’âme humaine essentielle;elle traverse tous les milieux du monde, passant des plus spirituels aux plus matériels, s’y revêtant d’enveloppes progressivement opaques, jusqu’à ce qu’enfin elle arrive au terme de sa course. à notre terre, d’où par la loi éternelle du binaire elle remonte vers son point de départ. La loi de polarité trouve son expression aussi bien dans la constitution anatomique du sous-mul tiple humain, mâle ou femelle, dans sa physiologie, dans sa psychologie, que dans les relations des sexes, que dans la constitution de l’état social, enfin que dans l’acquisition des pouvoirs de l'Adeptat. . Guaita parle très peu de toute la partie pratique de l’occultisme, sinon pour la condamner lorsqu’elle est tout instinctive, comme le spiritisme ou souvent le magnétisme; pour en montrer les dangers lorsqu’il s’agit de Magie cérémoniale. ou pour n’en exposer que les principes les plus généraux quant aux travaux les plus secrets et les plus sacrés du Néophyte. Les hiérogrammes d’Hereb et d’lonah lui servent encore à établir la double voie de l'Initiation totale. Dans la première, le Néophyte se fait Centre: il édifie laborieusement son individualité, la défend avec grand soin contre l’assaut sans cesse renouvelé des milieux destructeurs, procède de bas en haut, portant à leur perfection relative le corps physique, puis le corps astral, puis l’intellect. C’est ce que Guaita dé nomme Voie active, aboutissant à 1‘Extase du même nom, qui s'effectue au moyen du corps glorieux. Le second procédé est tout inverse: son seul*effort réside dans l’abandon de la volonté; autour de ce mouvement capital se groupent tous les travaux de la culture animique, les purifications.v les douleurs, les désirs d’amour, les actes de charité. Beaucoup disent que c’est la voie la plus difficile à suivre; les dangers s’y présentent surtout dès le début, dans les résultats de l’entraînement; tandis que, dans la première, l’ennemi attend que l’on soit déjà fort pour que l’orgueil puisse nous précipiter dans un abîme d’autant plus profond.

Les préférences du marquis de Guaita n’allaient exclusivement ni à l’une ni à l’autre de ces voies, mais à une troisième consistant dans l’usage alternatif de l’active et de la passive. Ici trouveraient leur explication, les mystères de l’Aum et ceux du Ieschouah; mais_nous imiterons sur ces points la réserve prudente de celui dont nous étudions l’œuvre avec respect, et, après ce rapide et trop incomplet coup d’œil sur sa doctrine, nous allons essayer d’en dégager une conclusion qui soit un enseignement pour notre esprit et qui donne un nouvel élan à notre cœur.

Dans 'son essence, la Doctrine ésotérique est immuable, puisqu’elle exprime la Gnose totale et que celle-ci n’est que l’image de Dieu dans l’intelligence humaine. Mais elle se manifeste diversement au cours des siècles, et l’histoire de ses aspects n’est autre que la moitié supérieure, le côté réel. de l’histoire de ' l’esprit humain dont l’histoire de la science exotérique est l’image réfléchie.

Ne soyons donc point étonnés de voir un occultisme matérialiste, un occultisme athée, un occultisme naturaliste ou panthéistique ou purement idéaliste, ou purement philosophique; ce sont des faces de la pierre cubique qu’il faut étudier avec le même soin, jusqu’à ce que la pierre puisse être ouverte. La loi générale de ces variations est inscrite depuis des centaines de siècles dans les hiéroglyphes zodiacaux, et, sans pré tendre en expliquer ici les développements, l’étude d’une toute petite portion de l’histoire nous convaincra vite de son exactitude.

On connaît avec quelle intensité, vers la fin du XVIe siècle, se déploya dans toute l’Europe le goût de l’occultisme et de ses manifestations expérimentales. Magie, nécromancie, évocations, alchimie, tous les arts occultes furent mis à contribution pour le plus grand malheur de la plupart de leurs adeptes; ce furent l’Allemagne et le nord de l’Europe qui fournirent le plus large contingent de tous ces prestiges.

Après cette effervescence d'astral, il fallait une reprise synthétique dans l'entendement qui permit de classer tous ces éléments disparates, mis en œuvre par une multitude, et destinés à être centralisés dans un seul cerveau. Ce mouvement parallèle à celui de la Révolution française dans l’ordre social, aboutit à Fabre d’Olivet comme l’autre aboutit à Napoléon. Ce penseur génial, ce métaphysicien extraordinaire, put réunir la plus complète encyclopédie de l’occultisme intellectuel que l’Occident ait jamais vue paraître. La Chine, l’Inde, l’Egypte, la Chaldée, le Tibet, la Scandinavie, la Celtie livrèrent à ce voyant leurs secrets enfouis dans les profondeurs de la Lumière secrète et lui permirent de les représenter au monde sous le jour d’une philosophie pythagoricienne, couronnement nécessaire de toutes les études scolastiques. Cependant l’aspect humain des arts occultes représenté par son rudiment, le magnétisme animal, continuait à occuper quelques pionniers; L'Invisible préparait secrètement, pour une atmosphère plus électrique que la nôtre, une manifestation de sa puissance complémentaire de la précédente, C’est-à-dire demandant plutôt de la passivité; le spiritisme populaire allait tourbillonner d’Amérique en Angleterre et en France.

Alors, l’Ange de la Gnose secrète qui avait donné déjà aux efforts des philosophes un canon pour l’œuvre de Fabre d’Olivet, suscita pour la gouverne des téméraires aventuriers de l’Astral,le magiste Eliphas Lévi. Le caractère de ce maître, c’est la science pratique du Grand Agent magique, c’est la divination de ses courants, de ses flux et de ses reflux, c’est le maniement des deux polarisations de la Lumière, c’est enfin l’exaltation de la volonté ou l‘initiation de l’âme jusqu’aux mystères de l’Androgynat.

Ce long préambule nous conduit à cette double constatation : que du côté du courant philosophique représenté par Fabre d’Olivet, l’équilibre du candidat à l’initiation est rompu au détriment de la pratique. comme le démontrent d’ailleurs les actes personnels du théosophe de Ganges; et, du côté du courant intuitif, artistique, si l’on peut dire, représenté, sous une terminologie hébraïque par Eliphas Levi, l’équilibre est également détruit au détriment de la science intellectuelle; il fallait donc, toujours dans la même école théorique, un nouvel hiérophante qui sût conci— lier l’exclusivisme des deux maîtres précités, équilibrer la philosophie par la biologie, et la métaphysique par l’alchimie ; il fallait un cerveau formé aux rigoureuses déductions des sciences exactes (I) et une âme de poète vibrante à tous les rythmes de beauté; il fallait enfin. pour le but spécial de l’enseignement de la Haute Science, une érudition de philosophe encyclopédique, une volonté fixée à toujours sur les formes éblouissantes du Verbe suprême, une intelligence parfaitement équilibrée et capable de saisir l'unité dans toutes ces diversités.

Tel fut Stanislas de Guaita, tel fut le maître que nous regrettons tous, celui dont les nobles phrases furent le guide de mes premières études, l’ami enfin que je pleure, avec qui les heures des veilles studieuses s’écoulaient si rapides parmi les incunables et les vieux in-quarto aux somptueuses reliures !..

Ou plutôt non, arrêtons notre douleur, vous tous, frères, à. qui je m’adresse et qui communiez sous le même signe auguste et moi, qui, je le sens, exprime votre ardente conviction; à l’exemple de ces peuples des pays lointains où s’est conservée la foi des cultes ancestraux, ne gémissons pas sur la perte d‘un être cher, réjouissons-nous de sa glorieuse ascension, revêtons les robes blanches des âmes qui planent aux ondes de Shamaïm, élevons en nos mains enthousiastes les bandelettes purpurines des hiérophantes et la baguette royale de l’adepte: l’un de nous vient de recevoir la Couronne, il est né à la vie bienheureuse. Que le Saint Nom du Père en soit béni à jamais.

Paul Sédir

 

Attention ! Cet article, comme tous les articles du "Bloc-Notes de Jean-Laurent sur les Spiritualités", (http://www.jlturbet.net/) est écrit en mon nom personnel.

Je ne parle ni au nom d'une association, ni d'un parti, ni d'une loge, ni d'une obédience maçonnique.

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Je ne suis en aucune façon habilité à écrire au nom d'une association, d'un parti, d'une loge, d'une obédience maçonniqueTout ceci pour que cela soit bien clair, qu'il n'y ait aucune ambiguïté de quelque nature que ce soit.

Quelles que soient mes responsabilités - ou non -  présentes ou futures dans une organisation, les propos tenus dans cet article comme dans tous les articles de ce Bloc-Notes, sont exclusivement des opinions personnelles qui n'engagent que moi.

Je rappelle simplement que la liberté d’expression est en France un droit Constitutionnel, quelle que soit notre appartenance à une association de quelque nature que ce soit.

Dans son article 10, la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen pose que : « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l'ordre public établi par la Loi. »

Dans l'article 11, la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen pose aussi que : « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'homme : tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l'abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi. »

Ces deux articles ont valeur constitutionnelle car le préambule de la Constitution de la Ve République renvoie à la Déclaration de 1789.

La Constitution et les Lois de la République Française s'appliquent sur l'ensemble du territoire national et s'imposent à tout règlement associatif particulier qui restreindrait cette liberté fondamentale et Constitutionnelle de quelque façon que ce soit.

Jean-Laurent Turbet

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