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Bloc notes de Jean-Laurent sur les Spiritualités

Bloc notes de Jean-Laurent sur les Spiritualités

Informations sur les spiritualités, les religions, les croyances, l'ésotérisme, la franc-maçonnerie...


GLDF 1948 : le rapport Marty. Un tournant majeur du retour de la Grande Loge de France dans la voie initiatique et symbolique.

Publié par Jean-Laurent Turbet sur 24 Juillet 2017, 07:11am

Catégories : #Franc-Maçonnerie, #GLDF, #REAA, #Marty, #Convent, #1948, #Histoire, #Rituel, #Symbolisme

GLDF 1948 : le rapport Marty. Un tournant majeur du retour de la Grande Loge de France dans la voie initiatique et symbolique.
GLDF 1948 : le rapport Marty. Un tournant majeur du retour de la Grande Loge de France dans la voie initiatique et symbolique.

Le 4ème et dernier tome de l'œuvre magistrale de Louis Trébuchet intitulée « De l'Ecosse à l'écossisme » s'ouvre par une dédicace au Frère Georges Marty.

Ce n’est que justice pour ce frère aujourd’hui bien oublié et qui jouât un rôle majeur dans le retour de la Grande Loge de France dans la voie initiatique et symbolique, comme le dit si bien Louis Trébuchet.

Tous les frères de la Grande Loge de France – et bien au-delà toutes celles et ceux qui sont attachés au caractère traditionnel de l’Ordre – doivent, de mon point de vue, lire au moins une fois dans leur vie ce texte.

Louis Trébuchet a la bonne idée de reproduire le « Rapport Marty », ainsi que le rituel qu’il proposât et qui, bien entendu, ne fut pas adopté en 1949.

J’ai retranscrits ci-dessous le rapport Marty à partir de l’original, c’est-à-dire le compte-rendu du Convent de 1948 de la Grande Loge de France. L’ayant fait manuellement il peut y avoir quelques coquilles ou différences avec la version du livre de Louis Trébuchet (si j’ai bien fait mon travail il ne doit pas y en avoir beaucoup). J'ai également supprimé l'écriture maçonnique. Je ne mets pas "F:." dans le texte mais "frère"pour une meilleure compréhension des lecteurs non maçons.

Vous pouvez retrouver le compte-rendu original du Convent de 1948 à la bibliothèque de la Grande Loge de France à Paris.

Je n’ai pas reproduit le rituel proposé par Georges Marty : pour le découvrir vous lirez le magnifique livre de Louis.

GLDF 1948 : le rapport Marty. Un tournant majeur du retour de la Grande Loge de France dans la voie initiatique et symbolique.

Point rapide de contexte historique (en quelques mots pour ne pas ennuyer le lecteur mais pour donner un aperçu contextuel rapide) :

Dès après la Commune de Paris de 1871 et à coup sûr avec la création de la Grande Loge Symbolique Ecossaise (1880) l'activité principale de la très grande majorité des loges écossaises est tournée vers la politique (soutien aux candidats républicains contre les monarchistes) et l'action sociale et sociétale. Le symbolisme comme la voie initiatique ne jouent pratiquement aucun rôle.

Peu à peu (mais en fait assez rapidement) il ne reste pratiquement rien du symbolisme de l'Ordre.

Les frères ne portent plus de tabliers ni de gants, les apprentis et compagnons se mettent indistinctement sur l'une et l'autre colonne, il n'y a plus la Bible sur l'autel des serments (depuis 1829), la plupart des loges n'invoquent plus le GADL'U, on boit et on fume en loge, il n'y a plus de tapis de loge, ni colonnes "Sagesse, Force et Beauté" etc....

Bref un frère de la Grande Loge de France d'aujourd'hui ne reconnaîtrait rien s'il assistait - par exemple - à l'initiation de Roger Salengro le 13 mars 1920 au sein de la loge "La Fidélité" à Lille!

Surtout en écoutant ses impressions d'initiations la tenue suivante sur le thème :  "Socialistes et Congrès de Strasbourg". Ni ses autres planches au fil du temps : 25 février 1922 : "Les dernières élections belges", 8 juillet 1923 : "Le fascisme d'Action Française", 16 février 1924 : "Avant les élections législatives, le Congrès Socialiste de Marseille", 21 février 1925 : "Au Congrès socialiste de Grenoble", 8 septembre 1925 : "De quelques considérations sur la vie chère", 8 mai 1927 : "Socialisme et bolchevisme", 14 avril 1929 : "Où va la France", 10 juillet 1932 : "Au lendemain de notre victoire", 15 juin 1936 : "Le Front Populaire au travail".

Et Roger Salengro n'est pas l'exception bien au contraire! Les frères de la Grande Loge de France travaillent ultra majoritairement sur ces sujets politiques et sociaux.

Il faudra l'action déterminée de quelques frères - au début ultra minoritaires - pour faire sortir la GLDF des ténèbres profanes où elle était plongée, vers la Lumière initiatique et la pratique scrupuleuse du Rituel et du symbolisme pour redevenir une voie initiatique authentique, régulière pratiquant le Rite Ecossais Ancien et Accepté dans sa pureté originelle en s'approchant le plus possible de nos rituels princeps.

Nous pouvons saluer l'oeuvre de frères comme Oswald Wirth (et la loge "Travail et Vrais Amis Fidèles") qui va redonner le goût du symbolisme initiatique ("Tarot des imagiers du Moyens-Age", "La Franc-Maçonnerie rendue intelligible à ses adeptes" ....) qui va créer en octobre 1912 une revue au nom déterminant : "Le Symbolisme".

Saluons ici aussi l'oeuvre majeure d'Albert Lantoine ("La Franc-Maçonnerie Ecossaise en France", "La lettre au Souverain Pontife" et des centaines d'articles dans diverses revues dont "Le Symbolisme") qui avec la loge "Le Portique" souhaite aussi renforcer la symbolique et la spiritualité du Rite.

Lantoine milite notamment pour le retour du port du Tablier en loge (ce qui nous semble tellement évident aujourd'hui!).

Après la seconde guerre mondiale et l'affrontement des deux régimes à la fois laïques et totalitaires (Nazisme et Communisme) les frères de la Grande Loge de France vont se tourner résolument vers le rassemblement des forces spirituelles contre les forces matérialistes qui avaient amené le monde au bord du chao.

Avec Jules Boucher ("La Symbolique Maçonnique"), Edouard Plantagenet (mort en déportation mais dont on republie l'oeuvre majeure).

Fort heureusement en 1945 le Grand Maître de la Grande Loge de France, Michel Dumesnil de Gramont, préserve l'indépendance du Rite Ecossais Ancien et Accepté et de la Grande Loge de France en refusant la fusion avec le Grand Orient de France.

Sous la bénéfique influence spirituelle de René Guénon , des frères vont créer la Loge "La Grande Triade" en 1947 en créant un rituel proche des rituels anciens (ou il y a la circulation du mot, que l'on ne retrouvera - enfin ! - dans le rituel officiel de la GLDF qu'on début des années 2010).

L'un des fondateurs de La Grande Triade est le frère Georges Marty qui, lors du Convent de 1948 est le rapporteur et le principal inspirateur de la commission des Rituels.

Le travail pour que la Grande Loge de France retourne dans la voie initiatique et symbolique est lancé et ne s'arrêtera plus ! Merci à Lantoine, Wirth, Boucher, Plantagenet, Guénon, Marty ... et aux milliers d'autres qui sont attachés à la spécificité et à la promotion de l'Ordre Ecossais en France et dans le monde.

Jean-Laurent Turbet

 

Voici donc le "fameux" rapport Marty de 1948 (les phrases sont mises en gras ou italique par moi) : 

 

GLDF 1948 : le rapport Marty. Un tournant majeur du retour de la Grande Loge de France dans la voie initiatique et symbolique.
GLDF 1948 : le rapport Marty. Un tournant majeur du retour de la Grande Loge de France dans la voie initiatique et symbolique.

 

RAPPORT DU FRERE GEORGES MARTY

 

Le frère Georges Marty qui a présidé la rédaction du rapport sur la question des rituels et qui vient d’être élu Grand Trésorier de la Grande Loge de France.

 

 

Commission des Rituels

 

Le Président donne ensuite la parole au Frère Georges Marty, qui présente le rapport sur la question des Rituels :

 

Depuis la reprise d’activité de notre Obédience et à la suite d’un sommeil imposé par les circonstances, de très libres initiatives pour produire de nouvelles formules ou modifier les formules reçues concernant le Rituel ont fait leur apparition,

Pourtant, nos Règlements Généraux et Statuts nous enseignent que les travaux doivent être ouverts et fermés suivant les Indications du Rituel adopté par la Grande Loge de France  et qu’il ne saurait y être apporté par le Président la moindre dérogation, la Commission des Rituels s’est penchée sur cet état de choses avec le désir de comprendre les raisons de cette anarchie et de ce désordre au sein de notre Ordre.

Cet état de choses s’est établi, semble-t-il, sous le couvert de ce que l’on a qualifié le Rituel actuel de minimum et que, de ce fait, toute addition à celui-ci était laissée au soin de chaque atelier.

La Commission proteste contre un tel état d’esprit : le Rituel est ce qu’il est et n’a à être ni maximum, ni minimum. Cependant, allant plus au fond des choses, la Commission s’est demandé si derrière cette nouvelle attitude ne se cachait pas le désir des frères de l’obédience de voir notre Ordre revenir sur des abandons que le qualificatif de minimum semble impliquer.

La Commission a pensé ainsi faire droit aux vœux de certains, en vous proposant l’étude de notre Rituel du premier degré pendant l’année qui vient à seule fin que, d’un accord unanime, nous nous décidions à adopter une fois pour toutes un Rituel dont nous demanderions aux loges de respecter rigoureusement la forme et l’esprit.

En conséquence :

La Commission des Rituels répond aux vœux des loges « Les Disciples de Saint-André d’Ecosse » (Orient de Bordeaux); « L’Avenir » (Orient de Grenoble) et au Congrès des loges du Nord ainsi qu’au désir de nombreux frères, soumet à l’attention de cette Respectable Assemblée, un travail documentaire sur le Rite Ecossais Ancien et Accepté au premier degré.

Etant donné l’importance de la question liée à la nécessité de réimprimer les Rituels actuellement en usage, la Commission émet le vœu que celle-ci soit soumise à l’étude des loges cette année. La diffusion du présent travail pourrait alors servir de base aux recherches des ateliers intéressés par la question.

Nous ne nous sommes pas mépris sur la signification profonde de ces vœux, et nous croyons qu’ils expriment, en fait, une réaction légitime contre le désordre envahissant du monde profane. Désordre auquel nous n’échappons malheureusement pas complètement. Pourtant nous sommes exactement le contraire, c’est-à-dire un Ordre avec tout ce qu’implique ce vocable; et en particulier, par nécessité même, nous sommes pourvus d’un Rituel, expression spirituelle d’une tradition qui ne nous appartient pas en propre, mais dont nous sommes les dépositaires.

Les temps troublés actuels nous font un devoir de transmettre cette tradition dans sa forme la plus pure et de résister à tout désordre, à toute déviation, tendant à la réalisation d’une véritable contre-tradition. Il ne s’agit d’ailleurs pas d’innover, mais de remettre en vigueur les disciplines auxquelles nous avons juré de nous soumettre en toute liberté de conscience lors de notre Initiation.

Etre disciplinés, au sens de notre Ordre, est la manière la plus logique, nous semble-t-il, d’opposer l’ordre au désordre. La souveraineté de chaque Loge est une des conditions d’existence pleine et entière de notre Organisation, mais pour des raisons bien plus d’ordre temporel que spirituel, nous sommes fédérés. Toutefois, en raison de l’impossibilité de séparer entièrement le temporel du spirituel, Il se trouve que notre Fédération est la gardienne de statuts dans lesquels sont inclus certains principes spirituels propres à notre tradition et qu’il lui appartient de faire respecter. Aussi, devons-nous déplorer que sous le couvert de cette souveraineté qui se traduit par le Maçon libre dans la Loge libre, certains ateliers laissent pénétrer le désordre en leur sein souvent au mépris de ces principes dans le complet oubli de leurs attaches fédératives.

Nous savons tous, trop bien, hélas que la liberté disparaît lorsque le désordre apparaît et nous entendons bien rester des hommes libres, qualification première de tout initiable, au milieu d’un monde coupé de tous liens avec l’esprit traditionnel.

Ces considérations montrent assez bien, nous l’espérons, l’esprit profond qui a animé les membres de la Commission en répondant aux voeux émis par les Loges précitées, vœux qui contiennent également quelques remarques à la fois d’ordre pratique et symbolique, concernant l’habit du Maçon, et demandant l’uniformisation de ceux-ci.

Proposition qui peut paraître incompréhensible à un observateur profane convaincu probablement que nous portons tous les mêmes tabliers quant à la forme et aux dimensions, alors qu’ il faut bien reconnaître qu’une certaine fantaisie règne à ce sujet.

Un exemple remarquable de notre laisser aller dans ce domaine est l’abandon progressif du tablier de Maître et son remplacement par le cordon, vestige du baudrier soutenant l’épée des Maçons du 18ème  siècle et qui ne présente, de ce fait, qu’un intérêt médiocre au point de vue symbolique.

L’habit du Maçon est le tablier dont nous connaissons et sentons toute la haute portée symbolique. Les Maîtres conscients de leur qualité se doivent de le porter en Loge.

La Commission des Rituels suggère, à seule fin de couper court à toutes les fantaisies, que ce soit l’Obédience qui entreprenne ou fasse exécuter les différents décors et qu’elle les tienne à la disposition des ateliers étant entendu que ce seront les seuls valables.

Ces différents points étant fixés et soumis à votre appréciation, la Commission à seule fin de bien fixer son attitude à l’égard du problème qu’elle a examiné, a jugé utile de rappeler dans ce qui va suivre, et qui constitue en fait les préliminaires de l’ensemble de son travail, ce qu’elle entend par « Rite », Rituel en général dont l’existence fait de nous une société initiatique avant tout.

La partie documentaire dont il est impossible de donner lecture ici, comprendra une étude sur les symboles, gestes, signes et attouchements ainsi qu’une étude sur le Temple, sur l’ouverture des travaux, l’initiation, la fermeture des travaux au premier degré. Cet ensemble traité d’une façon sommaire, n’a naturellement pas les prétentions d’épuiser un tel sujet, et nous répétons qu’il s’agit là de bases modestes dont nous avons la présomption de croire qu’elles susciteront l’intérêt de frères plus qualifiés que nous-mêmes et dont les lumières seront d’un grand secours pour ce véritable travail d’ordre obédientiel.

Donc le Rite ou Rit est un ensemble de phrases symboliques, de symboles visuels ou sonores, de cérémonies diverses, de gestes, de signes qui se déroulent dans un certain ordre et qui doit être pratiqué par tous les ateliers rigoureusement de la même manière.

C’est, nous semble-t-il, la première et la plus fondamentale des disciplines qui donne à notre Organisation son allure ordonnée.

C’est d’ailleurs le sens du sanscrit Rita dont la parenté avec le Rite est évidente et qui, dans son acception première, est proprement ce qui est conforme à l’Ordre.

Les « Disciples de Saint-André d’Ecosse », à l’orient de Bordeaux, dont nous sommes heureux de partager les vues, insiste particulièrement sur ce point.

Ce premier essai de définition du Rite, pour autant que l’on puisse définir un tel domaine, appelle de suite une remarque importante.

Contrairement à ce que d’aucuns pensent tout Rite n’est pas d’essence religieuse, Il y a de nombreux Rites d’ordre civil, sociaux ou autres. Les Rites maçonniques dont la nature profonde est bien plus métaphysique que toute autre n’ont également aucun caractère religieux.

La Commission insiste particulièrement sur ce point, car le contact de nombreux frères, nous a laissé penser que certains d’entre eux acceptent plus ou moins consciemment, ce préjugé classique dans le monde profane, qui veut que tout Rite est nécessairement d’essence religieuse.

Nous avons même cru déceler que c’était peut-être là, la principale raison de leur désaffection à l’égard du Rituel.

La Loge est le lieu éclairé et régulier où tout se fait suivant le Rite, c’est-à-dire dans l’ordre, par opposition au monde profane représentant les ténèbres extérieures. Les Rites initiatiques prétendent être une image de ce qui a été fait au commencement ainsi que s’exprime la genèse et où la vibration originale du «Fiat Lux » a ordonné le chaos.

Le Temple est aussi, par analogie, une image du cosmos dont toute la décoration et l’orientation est un constant rappel.

L’étymologie de Cosmos, c’est-à-dire de ce qui a été ordonné, est aussi là pour commander notre attitude dans le Temple où tout doit être également ordonné selon le Rituel. Il n’y a pas un Maçon, croyons-nous, qui n’ait ressenti, le jour de son initiation, l’influence spirituelle que véhicule le Rituel.

Aussi, est-ce bien justement le Rituel qui donne ce caractère commun à toutes les organisations traditionnelles aussi bien exotériques qu’ésotériques et qui les différencient entièrement des organisations profanes. Il n’est donc pas exagéré de dire que sans Rituel nous ne sommes plus qu’une caricature de ce que nous prétendons être. De plus, sans lui tous liens se trouvent coupés avec le passé et nous ne sommes plus alors reliés à la chaîne initiatique dont le premier maillon se perd dans la nuit des temps.

Chaîne, ce vocable qui exprime, dans les principales langues orientales au travers desquelles la tradition occidentale rejoint d’ailleurs la tradition orientale, l’idée d’une succession régulière et ininterrompue. La puissance du Rituel est telle que l’influence spirituelle qu’il contient et exprime agit sur ceux qui sont qualifiés, par conséquent réceptifs, même si celui qui est chargé de le pratiquer ne le comprend qu’imparfaitement.

Il y a différents Rites maçonniques mais le Rite Ecossais Ancien et Accepté contient un symbole remarquable qui est le Grand Architecte de l’Univers.... expression d’un principe universel.

Il a paru à la Commission des Rituels inconcevable et pour tout dire inconséquent que certains ateliers décident au sein du Rite Ecossais de ne plus travailler au nom de ce principe. Nous demandons à ce Congrès de bien réfléchir sur les conséquences d’une telle attitude, car en invoquant ou en travaillant au nom de ce principe le Rite Ecossais Ancien et Accepté entend rappeler l’origine non humaine de la tradition primordiale dont la tradition maçonnique est un rameau.

Les Maçons Ecossais sont ainsi mis en rapport par le truchement de ce symbole avec quelque chose qui dépasse leurs individualités et qui commande en fait leur attitude à l’égard des spéculations profanes plus ou moins philosophiques qui s’arrêtent dans leurs recherches à l’être humain en n’envisageant rien au-delà comme s’il était le principe suprême, le plus universel de tous. En conséquence, les Maçons Ecossais entendent ne pas se cantonner aux cas généraux, mais atteindre dans leurs recherches l’universel.

Ils élargissent ainsi leur horizon mental et nécessairement ils se confirment dans leur adogmatisme et leurs certitudes et dans leur volonté d’échapper au plan contingent, lequel est éminemment relatif. Il n’est donc pas exagéré de penser qu’en travaillant au nom du Grand Architecte de l’Univers les Maçons de notre Rite donnent à l’entité « Liberté » sa pleine valeur. Nous nous excusons d’insister sur les réalités que recèle un tel symbole dont l’abandon confirme, que nous le voulions ou non, une mentalité qui n’est plus en accord avec le Rite et qui fait que les Ateliers qui semblent l’ignorer ne travaillent plus dans l’ordre, c’est-à-dire suivant le Rite.

De plus, notre civilisation, dont le côté profane va s’accentuant, se caractérise par l’absence de tout principe, c’est-à-dire de tous liens avec l’ésotérisme, donnant ainsi l’allure d’être comme un grand corps sans âme.

Ce qui confère au Rite Ecossais Ancien et Accepté un titre et une place de première importance en tant qu’élément de redressement au sein de notre civilisation.

Nous n’avons même pas peur d’affirmer que le Grand Architecte de l’Univers est un symbole de résistance à toute nouvelle scholastique profane et contingente dont la relativité crie les origines. Aussi, et plus que jamais, devons-nous, non seulement conserver avec vigueur la tradition, dont nous ne sommes encore une fois, que les dépositaires, que le canal de transmission, mais aussi et en raison de cette dernière fonction la transmettre.

Transmission qui s’effectue au travers du Rituel et des symboles formés, incomparablement moins bornée et limitée que le langage ordinaire, et par conséquent plus apte à la communication de certaines vérités transcendantes. C’est d’ailleurs la raison de leur emploi dans toutes les organisations traditionnelles et initiatiques; emploi rendu également nécessaire par l’indigence à laquelle nous condamne notre condition humaine.

Les symboles sont alors autant de signes, des participations qui nous attachent au monde sensible et par-delà les apparences à une réalité invisible. Il ne s’agit pas contrairement à ce que d’aucuns pensent d’un jeu, mais d’une fonction propre à l’homme qui ne s’exprime en fait qu’à l’aide de symboles. Le langage lui-même n’est pas autre chose qu’une suite de symboles sonores fixés, cristallisés par l’écriture, ce qui place ceux qui le considèrent comme une forme d’expression surannée et inutile dans la position de ce fameux M. Jourdain qui faisait de la prose sans le savoir.

Le symbole est au fond le fait d’une analogie, d’un signe, d’une chose signifiée avec le but de faire passer sur le plan du sensible une chose qui n’y était pas.

Nous disons bien analogie et non pas identité, la différence étant justement constituée par ce qui ne saurait se laisser enfermer dans aucune forme. C’est cette partie, pour autant que l’on puisse utiliser un vocable d’ordre quantitatif dans un tel domaine, qui nous Intéresse le plus et qui donne un sens profond à notre Organisation Initiatique.

C’est l’inexprimable plus ou moins pénétré, au travers du symbole, par ceux qui sont qualifiés. C’est l’incommunicable qui constitue en fait le secret par nature qui fait de nous une société initiatique. L’ignorer c’est se priver de tous supports en vue de notre réalisation spirituelle, car nous ne pouvons parler en fait de quoi que ce soit, y compris des vérités d’ordre métaphysique qu’en descendant au niveau où se trouve le langage des individualités humaines, c’est-à-dire dans le domaine du relatif qui est aussi celui des sciences profanes lesquelles nous confirment cette relativité un peu plus tous les jours. Le symbole suppose toujours deux plans, celui de la chose que nous symbolisons et celui du symbole lui-même.

Tout un monde se trouve soustrait de par sa nature à la connaissance directe des sens et c’est justement à l’aide des symboles que nous jetons quelque chose de sa nature sur le plan de la représentation concrète.

Quoiqu’il ne soit pas systématisable, le symbolisme est universel, alors que le langage ordinaire est devenu, pour ainsi dire, national et nous connaissons tous les difficultés que rencontrent les traducteurs consciencieux en passant d’une langue à l’autre même quand elles appartiennent au même rameau. Il est juste de dire que les formes que revêt le symbolisme peuvent être différentes suivant les différentes traditions, mais son sens profond reste le même. C’est ainsi, par exemple, que le compas et l’équerre symboles maçonniques trouvent leurs équivalents dans la sphère et le cube de la tradition extrême-orientale. En conséquence, nous priver du symbolisme c’est aussi nous enlever ce caractère d’universalité dont nous parlons tant.

Malgré tout, il ne faut pas perdre de vue que dans la réalisation spirituelle que nous recherchons l’individu reste le point de départ, qu’il est en quelque sorte la materia prima, la pierre brute au sein de cette collectivité qu’est la Loge.

Nous disons bien collectivité, car c’est un des côtés particuliers de notre Organisation, que tout ne se rapporte pas uniquement au travail personnel de réalisation initiatique et que, par le truchement du Rituel, l’influence spirituelle, transmise lors de l’initiation virtuelle, se retrouve dans l’œuvre collective réalisée par la Loge, en accord d’ailleurs avec les réalisations individuelles.

La Franc-Maçonnerie prend ses supports initiatiques dans le métier et en particulier dans celui de constructeur. En initiant ceux qu’elle croit aptes à recevoir et faire fructifier son dépôt, elle entend leur donner une méthode, des moyens leur permettant de faire s’épanouir toutes leurs possibilités et même en allant au-delà de se dépasser. Le métier peut servir de support à une réalisation spirituelle de cet ordre car Il permet de prendre l’individu par son côté le plus élevé, c’est-à-dire le plus qualificatif, car il se trouve que les qualités requises par le métier sont souvent celles qu’exige l’initiation.

Les outils se présentent comme autant de liens entre le créateur et la chose créée et peuvent par analogie, c’est-à-dire symboliquement être transposés sur le plan universel et donner lieu à certaines spéculations métaphysiques.

La transposition peut être telle, que la nature tout entière s’offre alors à l’initiable comme un vaste symbole des réalités transcendantes.

Tout cela implique naturellement que l’individu attache à son métier une signification élevée et profonde qui en fait – autant un artisan qu’un artiste, nous dirons même LUI reflet du Grand Architecte de l’Univers.

Nous savons bien que de nos jours l’homme moderne pratique souvent un métier qu’il n’a pas choisi et dans lequel il fait intervenir des considérations d’ordre pratique et matériel qui n’ont rien à voir avec le métier choisi.

Mais l’influence spirituelle que lui transmet notre Ordre, pour aussi spéculatif qu’il soit devenu, est fort susceptible de réveiller en lui certaines possibilités dont il est pourvu mais qu’il ignore en raison même du désordre qui règne quant à la fonction de chacun en ce monde.

Il peut paraître justement intéressant de rappeler ici que l’étymologie oubliée de métier qui vient du latin ministerium qui a d’ailleurs fait mystère, est proprement la fonction, mais encore une fois qui remplit la fonction pour laquelle il est né. Il est bien évident que l’initiation maçonnique n’est pas la seule forme de réalisation spirituelle possible, bien d’autres formes existent et sont adaptées aux mentalités diverses répandues dans le monde.

C’est ainsi qu’il existe des formes orientales d’initiation dont les supports ne sont pas nécessairement le métier, mais qui n’en sont pas moins fermées à la mentalité occidentale.

Mais, chose remarquable, l’initiation prenant comme support le métier présente la particularité extraordinaire de pouvoir s’adapter à presque toutes les mentalités en raison de l’universalité des qualités requises par le métier et de l’emploi d’outils symboliques et en conséquence de symboles semblables.

Tout ceci se révèle d’ailleurs dans la construction du Temple, celui-ci étant, comme nous l’avons déjà dit, une image du  Cosmos tout entier, qu’il reflète conformément à un langage spirituel déterminé et dont le Rituel est justement l’expression.

Le processus de la construction du Temple imite en tout point celui de la production du monde à partir du chaos primordial.

II y a même analogie entre le monde corporel tout entier et le Temple. Il y a également des rapports fixes entre ce monde et le Temple, qui s’exprime par l’orientation de l’édifice suivant des directions astronomiques. Il en est fait un constant rappel dans les vieux Rituels, où la place de chaque Officier est déterminée au moment de l’ouverture en fonction de ces directions astronomiques et Il serait heureux, pensons-nous, de les voir rétablies. Tous ces points seront d’ailleurs signalés dans le Rituel qui suit ces préliminaires et il vous sera facile, croyons-nous, de rétablir ou d’éliminer ce que le résultat de vos propres recherches et méditations vous indiquera.

Encore une fois, notre but est de vous mettre en présence de certaines réalités dont l’importance ne vous échappe certainement pas.

Qu’il nous soit permis d’insister encore en vous faisant remarquer que la formation du Cosmos était retracée dans la construction des cathédrales et presque dans la moindre pierre primitivement brute et représentant la materia prima de l’édifice tout entier.

L’individu se retrouve par analogie dans le Temple; ses possibilités étant la materia pnma, la matière brute.

Nous avons même entendu dans certains Orients étrangers des phrases comme « Les colonnes sur leurs bases » aux lieux et place de « prenez place, mes frères »  qui indique bien jusqu’à quel point cette analogie reste vivante au sein de la Franc-Maçonnerie.

En tant que Maçons Ecossais nous pouvons même dire que le plan du Grand Architecte de l’Univers se révèle, dans la synthèse de toutes les proportions du Temple et par analogie dans celle de l’individu, ce qui fait que la maîtrise rarement réalisée est une participation consciente à ce plan.

Ce que nous venons de dire des constructeurs de cathédrales nous incite à parler ici de notre filiation avec des organisations compagnonniques du Moyen-Age, car pour aussi spéculatifs que nous soyons devenus, il n’en reste pas moins vrai que la forme de l’initiation maçonnique reste toujours liée au métier.

Symboles et Rites prennent appui sur lui et c’est une des raisons pour laquelle d’aucuns confondent « Opératifs » et « Corporatifs ».

Confusion qui n’est d’ailleurs que le propre de ceux qui s’arrêtent à l’aspect extérieur des choses.

La croyance habituellement répandue est que les Maçons Opératifs étalent exclusivement des hommes de métier ayant le monopole de la science architecturale et qui se réservaient en particulier l’exploitation du style gothique alors en usage. Il arrive qu’ils acceptèrent parmi eux et à titre honorifique, des étrangers à l’Art de bâtir.

Ceux-ci devinrent avec le temps prépondérants et c’est ainsi qu’au début du XvIII’ siècle la Maçonnerie d’Opérative devint Spéculative.

Epoque troublante où il y aurait beaucoup à dire sur le passage d’un état à l’autre et qui s’effectue avec la Renaissance - tout au long du 17ème siècle où se confirmèrent les tendances qui donnèrent naissance au monde moderne tel que nous le connaissons. Car c’est au début du 17ème siècle qu’apparut le style italien du temps d’Auguste qui supplanta le style gothique. Epoque qui voit la disparition de la société traditionnelle du Moyen-Age.

Il est maintenant certain qu’en dehors des leçons techniques indispensables au métier de constructeurs ces organisations s’occupaient de bien autre chose. C’est ainsi que parmi les Maçons acceptés qui n’étaient pas des professionnels

une place particulière était faite aux ecclésiastiques qui étalent initiés dans des Loges spéciales pour pouvoir remplir la fonction de chapelain dans les Loges ordinaires. C’est leur présence qui a pu faire croire que dans l’ancienne Maçonnerie ceux-ci étaient déjà des Maçons acceptés, alors que quel que soit leur titre us appartenaient à une même organisation qui’ était la Maçonnerie Opérative.

Il n’y avait en fait d’autre distinction que celle de Maçons libres qui étaient des hommes de métier, s’appelant ainsi à cause des franchises qui avaient été accordées par les souverains d’alors à leurs corporations et aussi probablement parce que la condition d’homme libre de naissance était une des qualifications requises pour être admis à l’initiation.

Nous avons conservé quelque chose dans cette façon de voir puisqu’il est entendu qu’une des qualifications que nous exigeons est d’être libre et de bonnes moeurs. Opératifs ne doit pas non plus être considéré comme synonyme de pratique lequel sous-entend toujours l’action de bâtir dans notre cas.

Il s’agit pour nous bien plus de l’accomplissement de l’être qu’est la réalisation initiatique avec tous les moyens de divers ordres qui peuvent être employés en vue de cette fin que de toute autre chose. Il est probable que certaines méthodes de réalisation ont été perdues avec le passage de l’Opératif au Spéculatif et qu’une réalisation effective a été remplacée par une initiation qui n’est plus que virtuelle. Mais les Rites comme nous l’avons développé tout au long de notre exposé servent toujours de véhicule à l’influence spirituelle et sont alors comparables à un germe auquel manquent les conditions nécessaires à son éclosion mais qui, ces conditions retrouvées, peut éclore et s’épanouir pour notre plus grand bien.

Maintenant et pour finir dans les origines de la Maçonnerie Spéculative, il n’y a pas que l’apport des organisations compagnonniques du Moyen Age. Eue semble au travers de celles-ci se relier à un passé plus lointain. Les organisations Pythagoriciennes se retrouvent dans certains de nos symboles telle l’étoile flamboyante. La Maçonnerie bleue à emprunté le grand de son système dans la Bible et emploie le langage hébraïque pour ses mots mystérieux.

Une opinion fort répandue s’accorde à penser que les mystères et ce, partant la Maçonnerie, ont été introduits en Europe par les Croisés, ce qui expliquerait l’emprunt biblique. L’influence templière est certaine. La kabbale s’y retrouve. Le rosicrucianisme s’est plus ou moins réfugié dans son sein. La Maçonnerie de nos jours n’est donc certainement pas ce qu’elle était au commencement, mais son dépôt n’en est pas moins précieux.

Nos Rituels le contiennent, il nous appartient d’en conserver la forme.

L’examen de nombreux Rituels anciens fait nettement ressortir que de simplifications en simplifications la forme s’en est altérée, de nombreuses phrases, gestes ont disparu. La Commission a tenté l’effort de leur redonner vie dans le Rituel qui suivra les considérations sur les symboles, gestes, attouchements, description du Temple. Quel que soit le sort réservé à cet essai, la Commission espère qu’elle pourra fournir aux nouveaux initiés une documentation de base susceptible de stimuler leurs recherches.

La Commission des Rituels veut aussi espérer qu’elle sera suivie dans son désir de voir notre Ordre conserver son attitude traditionnelle en donnant l’exemple de l’ordre au milieu des ténèbres extérieures.

Alors elle aura la satisfaction de constater que son travail n’aura pas été inutile.

En conclusion et pour nous résumer, la Commission émet les vœux suivants :

1° Etude cette année du Rituel du premier degré de notre Rite, en vue de soumettre un rapport définitif au Convent de 1949.

2° Une fois accepté, le Rituel sera réimprimé et rigoureusement observé par les Ateliers du Rite Ecossais Ancien et Accepté.

3° Les Inspecteurs, ainsi que le veut notre Constitution, seront chargés de faire respecter la décision du Convent en ce qui concerne le Rituel adopté, et ceci d’une manière ferme.

4° L’Obédience se charge d’exécuter ou de faire exécuter les différents habits et décors, conformément aux dimensions traditionnelles et les tiendra à la disposition des Ateliers, étant entendu que ce seront les seuls valables;

5° Que cette Assemblée approuve l’impression de la documentation recueillie par la Commission, laquelle est susceptible de servir de base à l’étude envisagée.

GLDF 1948 : le rapport Marty. Un tournant majeur du retour de la Grande Loge de France dans la voie initiatique et symbolique.

 

Attention ! Cet article, comme tous les articles du "Bloc-Notes de Jean-Laurent sur les Spiritualités", (http://www.jlturbet.net/) est écrit en mon nom personnel.

Je ne parle ni au nom d'une association, ni d'un parti, ni d'une loge, ni d'une obédience maçonnique.

Mes propos n'engagent que moi et non pas
l'une ou l'autre de ces associations.

Je ne suis en aucune façon habilité à écrire au nom d'une association, d'un parti, d'une loge, d'une obédience maçonniqueTout ceci pour que cela soit bien clair, qu'il n'y ait aucune ambiguïté de quelque nature que ce soit.

Quelles que soient mes responsabilités - ou non -  présentes ou futures dans une organisation, les propos tenus dans cet article comme dans tous les articles de ce Bloc-Notes, sont exclusivement des opinions personnelles qui n'engagent que moi.

Je rappelle simplement que la liberté d’expression est en France un droit Constitutionnel, quelle que soit notre appartenance à une association de quelque nature que ce soit.

Dans son article 10, la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen pose que : « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l'ordre public établi par la Loi. »

Dans l'article 11, la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen pose aussi que : « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'homme : tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l'abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi. »

Ces deux articles ont valeur constitutionnelle car le préambule de la Constitution de la Ve République renvoie à la Déclaration de 1789.

La Constitution et les Lois de la République Française s'appliquent sur l'ensemble du territoire national et s'imposent à tout règlement associatif particulier qui restreindrait cette liberté fondamentale et Constitutionnelle de quelque façon que ce soit.

Jean-Laurent Turbet

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Delavega Diego 28/07/2017 17:39

Bel article qui resitue historiquement le chemin parcouru vers une FM traditionnelle et symbolique, attention coquille R. Salengro membre de la "Fidélité" à Lille et non "Fraternité".

Jean-Laurent Turbet 28/07/2017 18:37

oui exactement !

Michel Singer 27/07/2017 15:12

Pas un mot sur Michel Dumesnil de Gramont qui a "sauve" la GLdF de la disparition en 1945. C'est a lui uniquement que revient le merite d'avoir remis la GLdF sur le chemin d'une spiritualite humanidte

Jean-Laurent Turbet 27/07/2017 18:47

Si si je l'ai écrit !!

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