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Bloc notes de Jean-Laurent sur les Spiritualités

Bloc notes de Jean-Laurent sur les Spiritualités

Informations sur les spiritualités, les religions, les croyances, l'ésotérisme, la franc-maçonnerie...


Bicentenaire du Mont Sinaï N°6, une loge de la Grande Loge de France.

Publié par Jean-Laurent Turbet sur 8 Février 2016, 14:30pm

Catégories : #Franc-Maçonnerie, #GLDF, #MontSinaÏ, #Conférence, #Histoire, #REAA

Bicentenaire du Mont Sinaï N°6, une loge de la Grande Loge de France.

C'est un événement exceptionnel ! 

 

La Loge Le Mont Sinaï N° 6 de la Grande Loge de France va célébrer son bicentenaire dans quelques semaines.

 

A cette occasion le Vénérable Maître de la Loge, Nicolas Maris, le collège des Officiers et tous les frères de la Loge organisent une tenue blanche ouverte (TBO) le dimanche 20 mars 2016 à 9 heures 30 précises au Grand Temple Pierre Brossolette (accueil dès 9 heures).

 

Afficher l'image d'origineCette TBO sera présidée par le Grand Maître de la Grande Loge de France, Philippe Charuel, (photo ci-contre) en présence du frère Inspecteur de la Loge, Perry Wiley, Grand Trésorier de la Grande Loge de France.

 

Vous découvrirez à cette occasion l'histoire de cette loge, née en 1816 sous les auspices du Rite de Misraïm, avant de rejoindre, en 1821 la Grande Loge Centrale de France du Suprême Conseil de France, appellation de ce qui deviendra la Grande Loge de France à partir de 1894.

 

Si vous souhaitez participer à cette TBO exceptionnelle, vous devez impérativement prévenir le Vénérable Maître Nicolas Maris en réservant à l'adresse suivante : lms1816.2016@gmail.com .

 

Les frères de la loge vont à cette occasion publier un ouvrage qui retrace l'histoire de leur loge.

 

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Bicentenaire du Mont Sinaï N°6, une loge de la Grande Loge de France.

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Ce livre, écrit par Pierre Benet, historien de la loge, sera disponible lors de la TBO et après. Le prix de ce livre est de 15€ (+ 6,5€ de frais de port).

 

C'est une histoire passionnante que celle de la Loge Le Mont Sinaï N°6.

 

Evidemment avec l'autorisation express du Vénérable Maître et des frères de la loge, je vous propose de retracer ici quelques moments clés de la vie de loge de la création en 1816 à la Libération en 1945.

 

Ces quelques ligne devraient vous donner envie de lire le livre en entier !

 

Voici cette histoire : 

 

 

 Au commencement de l’histoire de la loge le Mont Sinaï, il y a, en cette fin du XVIIIème siècle, l’engouement pour l’ésotérisme et la fraternité au sein de sociétés « secrètes », comme si le triomphe de la raison et le développement des sciences et des techniques suscitait en compensation le besoin d’un retour à des pratiques ésotériques et des formes traditionnelles de spiritualité.

 

Afficher l'image d'origineLe plus célèbre de ces créateurs de nouveaux rites est Joseph Balsamo*, connu sous différents pseudonymes, dont à Paris celui de Comte Alessandro Cagliostro,  et à Venise de marquis de Pellegrini, inventeur entre autres d’une eau de jouvence et de divers élixirs.

 

(*Giuseppe Balsamo, dit comte Cagliostro (1743-1795) parcourut l'Europe et fut connu à Paris pour ses talents de guérisseur et sa pratique des sciences occultes. Selon certains historiens il aurait été initié à Londres à la Loge l'Espérance, en 1776, selon d’autres à Malte à la loge Secret et Harmonie. Il aurait rapporté à Naples des rituels auxquels il aurait ajouté l’échelle dite de Naples, les Arcana Arcanorum, qui selon lui serait « une voie alchimique interne, une voie de l’immortalité ». Après quelques  modifications, il aurait créé en 1788 à Venise un nouveau Rite, dit de Misraïm. Ce nouveau rite égyptien avait aussi des loges d'Adoption, présidées par son épouse, Serafina. Alexandre Dumas, dans son roman Joseph Balsamo, publié en feuilleton à partir de 1846, en fit un héros de roman, membre d’une société secrète à la fin du règne de Louis XV dont le but était d’éradiquer la monarchie).

 

Aventurier impliqué dans l’affaire du collier de la Reine, il est nourri de références alchimiques, occultistes et égyptiennes, il répond à ses juges, « je ne suis d'aucune époque ni d'aucun lieu; en dehors du temps et de l'espace, mon être spirituel vit son éternelle existence ».

 

Il a fondé en 1784 à Lyon la Loge La Sagesse Triomphante et le rite de la Haute Maçonnerie Egyptienne, limité à trois grades supérieurs.

 

D’éphémères rites égyptiens apparaissent à la même époque à Toulouse, Auch, Montauban et dans le Comtat Venaissin.

 

A Venise, en 1788 un groupe de Sociniens demande une patente de constitution à Alessandro Cagliostro. Ils utilisent divers rituels pour les trois premiers degrés auxquels ils ajoutent le rituel Égyptien de Cagliostro. Le nom choisi est un rappel de ce rite Égyptien, Misraïm signifiant  Égypte  en hébreu. Il comporte 90 degrés regroupés en quatre séries :

 

Symbolique :       du   1er        au 33ème degré,

Philosophique : du  34ème     au 66ème degré,

Mystique :           du  67ème     au 77ème degré,

Cabalistique :     du  78ème    au 90ème degré.

 

Lors de la campagne militaire victorieuse de Bonaparte en Italie et plus tard sous le Consulat et l’Empire, de nombreuses loges maçonniques de rites divers ont rassemblé à la fois des notables italiens et des militaires français, dont  un grand nombre ont participé ensuite à la campagne d’Égypte.

 

A Milan en 1805, Charles Lechangeur, un ancien de l’Armée d’Égypte, fonde le Suprême Conseil du rite de Misraïm et en codifie le rite, qui essaime rapidement à Gênes et à Naples.

 

Les frères Bedarride.

 

La fratrie Bedarride se compose de  Marc, Michel et Joseph. Descendant d’une famille juive d’Espagne accueillie quatre siècles plus tôt par le Pape à Avignon, leur père Gad Bedarride aurait reçu, d’après son fils Marc , la lumière en Avignon en 1771, par l’entremise d’un certain « initié » Israël Cohen et aurait « atteint progressivement en dix ans le 70ème degré, avant de recevoir en 1782 une nouvelle augmentation de salaire d’un « délégué Égyptien », le savant Ananiah (« Dieu m’a protégé » en hébreu).

 

En 1796 les trois fils rejoignent leur père nommé capitaine des équipages d’artillerie à l’Armée d’Italie. Michel deviendra inspecteur des vivres, Marc chef de bataillon, Joseph capitaine d’artillerie.

 

Michel Bedarride, qui s’était d’abord installé à Naples comme négociant avant de devenir inspecteur des vivres, voyage dans toute l’Italie. Il est initié en juillet 1805 à la loge militaire  La Candeur à Cesena en Émilie-Romagne, à proximité de l’Adriatique à une centaine de km au sud de Venise.

 

En 1810, à Milan, il obtient du successeur de Lechangeur une patente l’autorisant à délivrer des grades du rite de Misraïm jusqu’au soixante-dix-septième degré, puis en 1813 une autorisation jusqu’au quatre-vingt-dixième degré, Grand Conservateur inclus, ainsi que l’autorisation de diffuser le rite hors d’Italie. C’est donc grâce aux frères Bedarride que le rite fait son entrée en France.

 

Afficher l'image d'origine

 

Il est difficile de se fier à Marc Bedarride quand il écrit dans ses mémoires tantôt que c’est Adam lui-même qui aurait créé le rite de Misraïm, tantôt que c’est le Créateur lui-même qui lui en insuffla les secrets.

 

Un rapport de police de 1822 indique que « l’Association maçonnique de Misraïm, autrement dite du rite égyptien, a été fondée à Paris en 1814, par les trois frères Bedarride (Michel, Marc et Joseph) originaires du département du Vaucluse, anciens garde-magasins des fourrages dans le royaume de Naples, sous le gouvernement de Murat, et se disant aujourd’hui négociants ».

 

Napoléon abdique le 6 avril 1814  et s’installe à l’île d’Elbe le 4 mai. Les trois frères Bedarride, venant d’Italie, établissent le 21 mai 1814, à leur domicile  27 rue des Bons Enfants à Paris, le « Suprême Grand Conseil Général des Sages Grands Maîtres ad vitam », Michel est le « Supérieur Grand Conservateur » et Marc le « Premier Grand Conservateur ».

 

Dès la fin de ce même mois de mai 1814, la loge-mère reçoit la Lumière sous le titre distinctif de  l'Arc-en-ciel.

 

Après son retour triomphal commencé le  1er mars 1815 et la période des Cent-Jours, Napoléon vaincu abdique pour la seconde fois le 22 juin 1815.

 

Louis  XVIII, qui s’était réfugié à Gand le 19 mars 1815, se réinstalle à Paris le 8 juillet.

 

Pendant toute cette période d’alternance politique le rite se développe avec succès en France, et cela sous la protection du rite Écossais Ancien et Accepté, aussi bien parmi des personnalités monarchistes que bonapartistes et plus tard auprès de Républicains, parfois des Carbonari.

 

 

Fondation de la Loge Le Mont Sinaï.

 

C’est ainsi que la puissance suprême du rite de Misraïm procède, à partir de la loge-mère, à la création de deux nouvelles loges : Les Disciples de Zoroastre, loge qui disparaîtra quatre ans plus tard, et  Le Mont  Sinaï

 

Plus précisément,  Le Mont Sinaï reçoit la Lumière sous les trois points du triangle misraïmite le 21 janvier 1816.

 

Le président fondateur en est  Marc Bedarride.

 

Parmi les autres fondateurs figurent Bénédict Allegri  (banquier,  membre actif du Suprême Conseil de France en 1834, lieutenant Grand Commandeur en 1865,  Souverain Grand Commandeur du 10 juillet 1868 au 8 mars 1869. Il est décédé en avril 1882) et les Bègue-Clavel, père et fils.

 

Rien ne permet de supposer que les deux autres frères Bedarride, Michel et Joseph en faisaient partie.

 

Voici ce qu'en disait dans son discours du 27 Mars 1922 à l’occasion du centenaire de la loge , Bernard Welhoff  Grand Maître de la Grande Loge de France :

 

« L’obédience de Misraïm, sans être une filiale du Rite Écossais, s’établit presque sous sa protection. Le frère Marc Bedarride, qui fut le fondateur et, plus tard, l’historiographe de son Ordre, avait même soumis ses Statuts au comte Muraire* , qui était alors un des chefs de notre Suprême Conseil.

 

Et il faut croire que ces Statuts n’attentaient point à la pureté de nos traditions, puisque maints dignitaires de l’Écossisme et le comte Muraire lui-même crurent devoir prêter à ce nouveau Pouvoir le concours de leurs lumières et de leurs noms ».

 

 (*Honoré Muraire (5 nov.1750-20 nov.1837). Avocat à Draguignan dont il est originaire, il en devient le premier consul (maire) en 1785. Président du district de Draguignan en 1790, il est missionné par ses concitoyens pour que Draguignan soit choisi comme chef-lieu du Var. Élu député à l’Assemblée législative le 8 septembre 1791, il fait voter la loi du 20 septembre 1792 qui sécularise l’état-civil, et la loi qui dispense les jeunes gens âgés de 21 ans de l’autorisation de leurs parents pour se marier. Élu député de la Seine au Conseil des Anciens le 15 octobre 1795, il ne soutient pas le Directoire contre les Royalistes le 4 septembre 1797 (18 Fructidor an V), ce qui lui vaut d’être interné dans l’île d’Oléron. Gracié par le Premier Consul après le 18 Brumaire an VIII (9 novembre 1799), il est nommé en avril 1800 conseiller au Tribunal de cassation avant d’en devenir président en 1801, présidence qu’il conservera lorsque le tribunal devint la Cour de cassation en avril 1804, jusqu’à  la chute de l’Empire. Nommé Conseiller d’État à vie en 1802 et comte d’Empire en 1808, il devint en plus sénateur en 1811. Rallié à l’Empereur lors des Cent-Jours, sa carrière politique cessa définitivement après juin 1815.   Initié à l’Orient de Draguignan en 1785 au sein de la Loge Le Triomphe de l’Amitié, il est coopté le 1er juillet 1806 au sein du Suprême Conseil de France lorsque Cambacérès en prend la direction. Très actif, il joua un rôle important  en s’opposant aux prétentions de centralisation des rites par le Grand Orient, il fut en particulier le rédacteur du courrier du 18 août 1815 rejetant cette proposition. En 1821, avec l’aide de son gendre, le ministre de l’Intérieur, puis président du Conseil, le comte puis duc Élie Decazes  et  le soutien du baron général de Fernig, il organise la fusion du Suprême Conseil de France et du Suprême Conseil des Îles Françaises d’Amérique. Le comte Muraire deviendra Lieutenant Grand Commandeur en 1825, puis en 1834 Grand Commandeur d’Honneur. Parallèlement, il présida la Grande Loge Centrale du Suprême Conseil, de 1829 à sa mort en 1837. Trois mois plus tard, son gendre le duc Decazes fut élu Grand Commandeur du Suprême Conseil de France, il le restera jusqu’à sa mort en 1860).

 

Dans ses commentaires sur le rite, publiés en 1822, Jean-Michel Ragon  (1781-1866) ( qui a appartenu quelques mois au Suprême Conseil du rite de Misraïm, auteur entre autres du  Tuileur général de la Franc-maçonnerie, fondateur de la Loge  les Trinosophes)  allait dans le même sens et jugeait que le rite de Misraïm comportait,  malgré ses 90 degrés, de nombreux points communs avec le rite Écossais Ancien et Accepté.

 

Il n’est donc pas étonnant que la liste des dirigeants de Misraïm comprenne des personnalités non seulement de premier plan dans la société civile, mais également membres du Suprême Conseil Écossais.

 

Parmi les douze « Grands Conservateurs », 90ème degré de l’Ordre, on trouve, outre les trois frères Bedarride :

 

Le comte Muraire un des grands noms de la Maçonnerie de l’Empire, il sera toujours un fidèle soutien du Mont  Sinaï.

   

Afficher l'image d'origineLe général baron de Fernig*  (photo ci-contre) qui demandera à être affilié au Mont Sinaï, lui aussi haut dignitaire de la Maçonnerie à l’époque impériale et qui en 1841 sera également élu Lieutenant-Grand Commandeur du Suprême Conseil Écossais.

 

(*Jean-Louis, Joseph, César de Fernig (1772-1847), comte d’Empire, général de brigade,  jeune officier à Jemmapes, proche du Duc Decazes,  il était 90° du rite Misraïm et membre du Suprême Conseil Ecossais, il s’est notamment opposé à sa fusion avec le G\O\

Pour une biographie complète consulter  le supplément au N°46  d’Ordo ab Chao,  deuxième semestre 2002  - Bicentenaire du Suprême Conseil pour les Iles Françaises de l’Amérique du Vent et sous le Vent, l’article de Pierre Noël : « Le Général de Fernig, officier et franc-maçon »).

 

Afficher l'image d'origineEt parmi les « membres d’honneur » ou dans des degrés moins élevés figurent , le duc Elie Decazes , (photo ci-contre)  ministre de l’Intérieur et favori de Louis XVIII, le comte de Grasse-Tilly , rénovateur en 1804 du Suprême Conseil Écossais, le banquier Bénédict Allegri  que nous retrouverons en 1868 Souverain Grand Commandeur du Suprême Conseil,  le docteur Rathery, le duc de Saxe-Weimar, le duc de Grammont, le duc de Guise, Pierre-Joseph Briot  conseiller d’État de Joachim Murat roi de Naples,  le diplomate Mathieu de Lesseps père de Ferdinand de Lesseps, et de nombreux officiers dont plusieurs ont servi en Italie : le colonel comte de Fauchecourt, Joseph de Collet,  officier de cavalerie, 90ème en 1814, le comte Joseph Chabran, général de division rallié aux Bourbons en 1814,  le baron François-Antoine Teste, général de division .

 

Les premiers travaux.

 

Le premier Vénérable du Mont Sinaï est naturellement son fondateur, Marc Bedarride, mais celui-ci, pris pas ses tâches à la tête de l’Ordre, néglige l’atelier, occupé qu’il est par les soucis multiples de l’administration générale du rite. De plus, les frères Bedarride ont été, comme des milliers de soldats, licenciés par Louis XVIII le 1er août 1815, ce qu’on a appelé les « demi-solde ». N'ayant pas réussi à se reconvertir dans la parfumerie, ils vivent de la diffusion de leur rite, ce qui pousse quelques membres à vouloir s'en retirer et à demander en 1816, sans succès, leur admission au sein du Grand Consistoire du Grand Orient de France.

 

Par ailleurs, la plupart des Frères inscrits au tableau de loge ne viennent pas aux tenues et n’acquittent pas leur capitation. Marc Bedarride, tout en demeurant Vénérable, n’assure pas régulièrement la présidence des travaux de la loge.

 

Par exemple, la tenue du 6 janvier 1819 est ouverte comme d’habitude, « Au nom et sous les auspices du Suprême Conseil G\des SS\ GG\ MM\ du 90° composant la Puissance Suprême de l’ordre maçonnique de Misraïm et de ses quatre séries », mais le premier maillet est entre les mains de Maximilien Chamant, le Secrétaire étant Timoléon Bègue-Clavel.

 

Le 12 janvier 1819, c’est Marc Bedarride lui-même qui propose d’offrir la présidence de la loge au général de Fernig,  bien que celui-ci ne fît pas partie de la loge. Le Mont Sinaï se prononce immédiatement et à l’unanimité en faveur de cette proposition. Le Secrétaire Timoléon Bègue-Clavel est chargé d’en donner connaissance à l’intéressé.

 

De Fernig exprima le regret de ne pas pouvoir, pour des considérations majeures de santé, accepter la faveur de présider les travaux, mais il demanda toutefois son affiliation au Mont Sinaï.

 

A la suite de ce refus, c’est Maximilien Chamant, un médecin de 51 ans, qui est élu, et c’est de Fernig qui procéda à son installation le 29 février 1819.

 

La loge va alors sortir de la somnolence qui prévalait depuis sa création.

 

Lorsque  Maximilien Chamant se voit confier le premier maillet début 1819, bien que l’atelier soit théoriquement composé de quarante sept membres, onze seulement assistaient régulièrement aux tenues.

 

Les premiers pas au rite Écossais Ancien et  Accepté.

 

1821 – 1840

 

Sans attendre, et peut être pour préparer la cérémonie d’installation, une tenue se tient le 21ème jour du dixième mois de l’année 5821 , soit en calendrier vulgaire le vendredi 21 décembre 1821. Les travaux sont ouverts « A la Gloire du G\A\D\L\U\, au nom de Dieu et de St Jean d’Écosse, et sous les auspices du Sup\ Conseil pour la France  et du rit Écossais ancien et accepté », sous la présidence de Maximilien Chamant , Jonquière occupe le plateau de 1er  Surveillant, et Timoléon Bègue-Clavel celui d’Orateur. Tous les deux sont également membres de la Loge Emeth.

 

Figurent dans la liste des membres fondateurs, outre les trois Officiers déjà cités :

 

-  Jean-Marie Monnier, mécanicien, 18° degré plus tard 31° ;

- Michel, Gabriel, Desfammes, peintre en bâtiment, 3° degré puis quelques années plus tard 31°, alors âgé de 26 ans ;

-  Anne, Etienne Vanel, artiste musicien, 18° degré, 31 ans ;

-  Pierre Martinon, fabricant de papiers décors, 3° degré, 27 ans ;

-  Jean, Etienne Mahé, homme d’affaires, 30° degré, 29 ans ;

-  Pierre, Nicolas, Aignan Collon, professeur de musique, 3° degré, 27 ans ;

-  Jean-Baptiste Manet, employé civil, 3° degré, 41 ans ;

-  Félix, Narcisse Charmet, pharmacien, 3° degré, 29 ans ;

 

Ces neuf fondateurs, plus les deux affiliés de la loge Emeth, seront bientôt rejoints par Alexandre Hippolyte Dumoulin, négociant.

 

Le Vénérable Maximilien Chamant prononce un discours plein d’émotion :

 

« Il est donc enfin arrivé ce jour heureux, si longtemps désiré, mérité par tant de peines ! Où par son installation solennelle au Rit écossais ancien et accepté la R\ L\ du Mont Sinaï va recevoir une existence réelle sur laquelle nous avons compté en vain tant que nous avons fait partie de la correspondance du Rit de Misraïm, puisqu’elle était évitée par les loges régulières dirigées par les représentants du G\O\ ».

 

En réalité le Vénérable brûle les étapes administratives, l’arrêté du Suprême Conseil qui accorde des constitutions symboliques à la Loge Le Mont Sinaï, à l’Orient de Paris, sous le N°6,  n’est signé que deux semaines plus tard, le 7 janvier 1822.

 

Afficher l'image d'origineEt, le samedi 26 janvier 1822, c’est le comte Muraire, (photo ci-contre) protecteur de la Loge Le Mont Sinaï depuis l’origine, qui procède à l’installation dans les formes exigées par le rituel. Le compte rendu de la cérémonie est succinct, il précise simplement que la salle des banquets est décorée de fleurs naturelles.

 

Le Mont Sinaï est un des éléments de la restructuration du Rite Écossais Ancien et Accepté.

 

Six mois plus tard est constituée en juillet 1822 une « Grande Loge Centrale » portant le numéro 1.

 

Avant la fin de l’année onze autres loges y sont rattachées, dont à l’Orient de Paris  :

 

N° 2 : Les Propagateurs de la Tolérance,

N° 3 : Les Chevaliers Bienfaisants de l’Olivier Écossais   (qui deviendra en 1829 Les Trinitaires),

 N° 4 : les Chevaliers de Palestine,

N° 5 : les Hospitaliers Français,

N° 6 : Le Mont Sinaï

N° 12 : Emeth.

 

Au total, de 1821 à 1830, le Rite Écossais donne le jour à trente neuf ateliers, mais en 1850, des douze loges de l’origine, seules subsisteront, la loge N°3 sous son nouveau nom Les Trinitaires  et le Mont Sinaï, et en 1856, seule la Loge Le Mont Sinaï figurera au tableau de la Grande Loge, la Loge Les Trinitaires  ayant été provisoirement mise en sommeil.

 

Le Mont Sinaï s’installe progressivement, une délibération permet d’établir des règlements généraux, mais la loge semble être très fragile et doit s’appuyer sur la Loge Emeth avec laquelle les liens sont très étroits, puisque  deux de ses membres, Timoléon Bègue-Clavel et Jonquière sont affiliés et très actifs au Mont Sinaï, d’ailleurs les visites réciproques sont régulières et la fête de l’Ordre se tient en 1822 avec la Loge Emeth.

 

(...)

L’Affaire Dreyfus et la Ligue des Droits de l’Homme.

 

 

L’Affaire Dreyfus divise profondément la société française, les échos des débats passionnés retentissent dans les travaux de l’atelier, qui reste néanmoins parfaitement uni convaincu de l’innocence de Dreyfus.

 

Un membre de l’atelier, Arthur Giry , reste discret et s’abstient de proclamer publiquement son indignation, mais agit.

 

Savant médiéviste réputé, il s’est déjà fait remarquer par sa dénonciation des premiers massacres d’Arméniens survenus en 1894 et 1896, prélude au génocide de 1915.  En 1898 Émile Zola lui demande d’utiliser ses compétences de paléographe pour expertiser le bordereau afin de déterminer s’il a été écrit de la main du capitaine Dreyfus. Arthur Giry accepte, tout en prévenant Émile Zola qu’il rendra ses conclusions publiques, qu’elles soient en faveur du capitaine Dreyfus ou non. Il examine le document comme il aurait examiné une charte médiévale et conclut à l’innocence de Dreyfus et à la ressemblance de l’écriture avec celle d’Esterhazy.

 

Il témoigne au procès de Dreyfus et au procès d’Émile Zola. Il réfute notamment de tout son poids de membre de l’Institut la thèse de l’utilisation d’un calque par Dreyfus : « J’ai fait l’examen à la loupe sur l’original du bordereau, il ne m’a révélé aucune de ces reprises, de ces retouches, de ces bavures, de ces tremblements, qui sont toujours caractéristiques du calque ».

 

Arthur Giry ne se contente pas d’apporter la preuve scientifique de l’innocence du capitaine Dreyfus, le 20 février 1898 il participe à la première réunion en vue de la création d’une ligue pour la défense des droits de l’homme .

 

Le 4 juin 1898 est créée la Ligue française des Droits de l’Homme, et tout naturellement Le Mont Sinaï adhère à sa section parisienne.

 

Arthur Giry écrit son dernier livre,  l’Affaire Dreyfus, en 1899.

 

Ses obsèques rassemblent toutes les personnalités dreyfusardes, dont bien sûr Émile Zola.

 

(...)

 

Le vote des femmes est le grand sujet politique de 1922.

 

Après l’hécatombe de la guerre, les femmes sont plus nombreuses que les hommes dans la population. Elles ont obtenu le droit de vote dans de nombreux pays, en Russie en 1917, en Angleterre en 1918, en Allemagne et au Luxembourg en 1919 et aux États-Unis en 1920.

 

En France, la Chambre des députés a bien voté le 20 mai 1919 une loi dans ce sens, mais le Sénat y est hostile.

 

Le 21 novembre 1922 le Sénat refuse d’accorder le droit de vote aux femmes par 156 voix contre 134.  Le journal l’Humanité titre : « Un non franc et maçon ».

Immédiatement après ce rejet, le Mont Sinaï s’exprime fermement en faveur du vote des femmes.

 

Le 18 décembre 1922  Émile Schreiber s’indigne que le vote des femmes existe partout, même en Espagne et en Italie, sauf en France. Il cite les débats au Sénat, pendant lesquels les travaux de la Loge Le Mont Sinaï, en faveur du vote des femmes, ont été cités à la tribune [sans doute par Paul Strauss, sénateur  membre de l’atelier].

 

Une tenue blanche est organisée, suivie d’un banquet, au cours duquel Mme Robert Schreiber   prend la parole et s’exprime avec beaucoup de conviction en faveur du vote des femmes.

 

Compte tenu de la position conservatrice du Sénat, l’atelier émet un vœu pour que l’examen du vote des femmes soit posé dans les questions à l’étude des Loges. Finalement il faudra attendre la fin de la seconde guerre mondiale et la loi du 21 avril 1945 pour que les femmes obtiennent le droit de vote.

 

L’âge d’or : 1920-1940.

 

La musique

 

Depuis sa création le Mont Sinaï a réuni parmi ses membres des personnalités de premier plan.

 

Frédéric Thurner, compositeur et organiste

- Albert Félix Caressa facteurs d’instruments de musique

- Jean-Pierre, André, Galland - Premier violon-solo des Concerts Lamoureux.

- Léon Moreau, Prix de Rome au piano en 1899

- Jean Vieuille  est baryton-basse d'opéra

 

La photographie d’art.

 

Charles Gerschel, spécialité est le portrait de célébrités.

 

La statuaire.

 

Lorenzo Bozzi

- Naoum Aronson

- Oscar Miestchaninoff

- Jacques Lipchitz

 

Peinture, architecture et métiers d’art.

 

Georges Dorignac

- Gaston Balande 

- Delauzières,

- André Strauss

- Achille Ouvré

 

Les architectes.

 

- Théodore Hoffbauer

- Stéphane Natanson 

- Paul Lagrave

- lbert Parenty

- Marcel Temporal 

 

 

De la Lumière à la descente aux enfers.

 

Pendant « les années folles » l’atelier a particulièrement brillé de tous ses feux dans le domaine des arts et des lettres. 

 

Le recrutement est également de grande qualité parmi les capitaines d’industrie à la pointe de l’innovation et les banquiers influents.  Les industriels, entrepreneurs et négociants au nombre de 16 sont les plus nombreux. 

 

Deux noms sont particulièrement emblématiques, ce sont les deux frères Jean et Adrien Hess. Adrien Hess créé sa propre entreprise la CFPI en juin 1928. Adrien Hess créée en liaison avec les dockers du port de Marseille un réseau chargé de renseigner les Alliés, Il dirige alors un maquis FTP   dans le Sud-est du département de la Vienne à Lathus-Saint-Rémy, entre Montmorillon et le Dorat, Claude, le fils d’Adrien qui a alors 17 ans, le rejoint dans ce maquis en 1943.

 

En juin 1940 commence donc pour de trop nombreux Frères une descente aux enfers.

Le F\ André Rheims banque Rheims  -   Le F\ Dauphin banque Dauphin et Cie. Le F\ Mapou associé d’agent de change  -  Le F\ Robert Worms banquier - Le \F Cahen-Brisac, banquier,

 

 

 

Morts 1940 - 1945 Mont Sinaï

 

- Carrence  Ernest, déporté en 1944, mort au camp.

 

Hess Jean, déporté, disparu.

 

Nathan Marcel, déporté, disparu

 

Schneeberg, Edouard, déporté, disparu.

 

Schreiber Paul, emprisonné pendant deux ans et six mois, libéré.

 

Vorms Robert, emprisonné pendant deux ans et six mois, libéré.

 

Lajeunesse Robert, emprisonné pendant trois mois, libéré.

 

Hess Adrien, emprisonné pendant deux ans, évadé de la maison d’Eysses.

 

 

 

 

Vous découvrirez encore beaucoup de choses dans le livre qui retrace de façon exhaustive l'histoire du Mont Sinaï.

 

C'est presque impossible de le faire ici dans un court article de blog.

 

Mais je voulais brièvement retracer ces moments de vie. Moments forts, intenses, qui sont maintenant gravés dans la mémoire des hommes.

 

Longue vie au Mont Sinaï N°6 de la Grande Loge de France !

 

Jean-Laurent Turbet

 

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Eugenia & Ruben Dufond-dan levy-de laurentiis 21/01/2017 18:05

où peut- on commander ce livre ?

Jean-Laurent Turbet 23/01/2017 13:54

Auprès de la loge (coordonnées dans l’article)

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