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Bloc notes de Jean-Laurent sur les Spiritualités

Bloc notes de Jean-Laurent sur les Spiritualités

Informations sur les spiritualités, les religions, les croyances, l'ésotérisme, la franc-maçonnerie...


Histoire Maçonnique : Louis Trébuchet répond à Gérard Contremoulin.

Publié par Jean-Laurent Turbet sur 30 Mai 2014, 06:30am

Catégories : #Franc-Maçonnerie, #GLDF, #Histoire, #REAA, #Anciens, #Contremoulin

#Formation et Histoire maçonnique

Ou

#Désinformation et Histoires maçonniques ?

 

C'est en ces termes que Louis Trébuchet m'a fait parvenir le texte que vous trouverez ci-dessous, après avoir lu l'article  Homonymes, dates et synonymes que notre frère (du Grand Orient de France) Gérard Contremoulin a  publié sur son blog maçonnique intitulé Sous la voûte étoilée.

 

Louis Trébuchet, polytechnicien, ancien Grand Officier de la Grande Loge de France est l'un des tous meilleurs spécialistes mondiaux du Rite Ecossais Ancien et Accepté et l'un des historiens vivants les plus reconnus des débuts de la Franc-Maçonnerie et de la Franc-Maçonnerie écossaise, avec Alain Bernheim.

 

Il est, c'est vrai, plus méconnu que certains auteurs actuels également très compétents (comme notre ami Roger Dachez), mais il est en train d'écrire une somme monumentale en trois volumes (commentaire et textes originaux) concernant la genèse du Rite Ecossais Ancien et Accepté qui s'intitule "De l'Ecosse à l'Ecossisme" publié aux édition Ubik. Le premier volume (1475-1743) était paru en 2012. J'en avais d'aillerus rendu-compte sur ce bloc-notes. Le second tome (1743-1761) vient tout juste de paraître ! J'en rendrai évidemment compte ici dès que je l'aurai lu en entier. Tous les volumes sont préfacés par le Très Puissant Souverain Grand Commandeur du Suprême Conseil de France, Claude Collin.

 

Louis Trèbuchet est par ailleurs l'auteur d'un certain nombre d'ouvrages qui font autorité, et qui concernent le Rite Ecossais Ancien et Accepté : "En quête des trois premiers degrés du Rite Ecossais Ancien et Accepté" publié chez Dervy en 2007 ou "Saint Jean d'Ecosse, Mère loge écossaise de Marseille ".publié aux éditions UBIK en 2011.

 

Je considère comme un honneur que mon ami Louis Trébuchet ai choisi mon bloc-notes pour publier cette réponse historique très documentée à l'article de notre frère Gérard Contremoulin.

 

Voici le texte de Louis Trébuchet :

 

Certes je suis un frère de la Grande Loge de France et on pourrait considérer que ma réaction à l’article Homonymes, dates et synonymes du blog Sous la voûte étoilée de Gérard Contremoulin n’est qu’une réaction partisane, cependant mon éthique personnelle me conduit lorsque je traite de l’histoire (De l’Ecosse à l’Ecossisme, éditions UBIK, Tomes 1 et 2 parus, Tome 3 à paraître) à ne retenir que des faits suffisamment établis, et je souhaite simplement rétablir les faits historiques tels qu’ils ressortent des documents que nous possédons aujourd’hui.

 

Les Anciens et les Modernes

 

L’article remarque « avec amusement » : « Ils voulaient absolument montrer en créant une deuxième obédience en 1751, qu'ils étaient les véritables tenants des anciennes traditions à la différence de ceux qu'ils qualifièrent de "Moderns". Or, les "Moderns" étaient ces francs-maçons de 1717 qui avaient crée la Grand Loge de Londres et de Westminster... »

 

La Grande Loge de Londres ne s’est pas créée en 1717 à partir du vide absolu, et la création de la Grande Loge des Anciens en 1751 a été précédée par une suite de publications en Angleterre mettant en évidence la réaction des maçons anciens face aux innovations attribuées au Dr. Désaguliers.

 

 

On peut citer par exemple :

 

. "Un dialogue entre Simon, un maçon de la ville, et Philip, un maçon passant", qui se trouve dans un manuscrit comprenant deux autres catéchismes datés respectivement de 1724 et 1725. Les analystes s’accordent tous pour estimer que son contenu est bien similaire aux plus anciens catéchismes et qu’il est donc tout à fait raisonnable d’estimer que ce texte est de la même époque que les deux autres. Ce document précise dans sa note (a) : « Tous les Compagnons et Frères me reconnaissent comme tels. C’est la manière dont les Anciens Maçons répondaient à cette question. Mais les Nouveaux Maçons sous le règlement de JT Désaguliers répondent seulement : Je le suis ».

 

. Une coupure de presse portant la mention manuscrite 1726, retrouvée dans un ensemble de coupures similaires dans les archives de la Grande Loge de Londres.  Elle annonce « plusieurs planches sur l’Ancienne Maçonnerie, particulièrement sur la signification de la lettre G. et comment et de quelle manière les Maçons Antédiluviens ouvraient leurs loges, montrant quelles innovations ont récemment été introduites par le Docteur et quelques autres des Modernes… ».

 

A cette époque, la Grande Loge d’Irlande existe depuis quelques années, ainsi qu’en témoigne le Weekly Dublin Journal du Samedi 26 juin 1725, mais l’historien W.J. Chetwode Crawley a mis en évidence la première mention en Irlande de franc-maçonnerie non-opérative : le 2 Juillet 1688, un certain John Jones, est le Terrae Filius, chargé de faire la harangue des étudiants pour la fête de l’université de Dublin, décrit dans son discours : « une société de francs-maçons, gentilshommes, opératifs, &c, qui se lieront par le serment de ne jamais révéler leur puissant non-secret, et d’aider tous les frères qu’ils rencontreront dans la détresse, à l’exemple de la fraternité des francs-maçons de Trinity College… ».

 

Lawrence Dermott, qui deviendra le 5 février 1752 grand secrétaire de la Grande Loge des Anciens, en restera le pilier jusqu’en 1787, et en publiera les constitutions, Ahiman Rezon, en 1756, a été initié en Irlande le 14 Janvier 1740/41, et installé Vénérable de la loge n°26 de la Cité de Dublin le 24 juin 1746, avant de venir à Londres comme ouvrier peintre en 1748. Henry Sadler, repris par Cécile Révauger dans son excellent petit livre La querelle des Anciens et des Modernes, démontre que la plupart des fondateurs de la Grande Loge des Anciens avaient été initiés en Irlande avant de venir s’établir en Angleterre.

 

Cécile Révauger cite un compte-rendu du Grand Comité des Anciens en date du 6 décembre 1759 : « Il fut dit de plus que de nombreux manuscrits ont été perdus dans les loges dernièrement modernisées dans lesquelles il n’était pas souffert que fut ranimé ou pratiqué aucun vestige de l’Ancien ordre […] Ils ont constaté que leur frères d’Irlande et d’Ecosse ont été initiés de la même manière qu’eux-mêmes, ce qui confirme que leur système et leur pratique sont réguliers et juste ». D’ailleurs, dès 1758, la Grande Loge d’Irlande avait reconnu la Grande Loge des Anciens comme « le seul et unique Grand Corps en Angleterre avec lequel elle entretiendrait une relation fraternelle ».

 

Au vu de tous ces éléments, il me semble qu’il n’est pas possible de « remarquer avec amusement » et de traiter avec autant de désinvolture la réaction des Anciens.

 

L’oubli de 1773

 

L’article de Gérard Contremoulin affirme, sans précautions ni justifications : « 1773, c'est la date à laquelle la première obédience portant le nom de Grande Loge de France, parfait homonyme, prend le nom de ... "Grand Orient de France" à la suite de la réforme de Montmorency-Luxembourg. »            

 

Il suffit, pour se rendre compte que ce raccourci est totalement infondé, d’aller à la Bibliothèque Nationale de France consulter le manuscrit sous la cote FM1 113, qui contient tous les comptes rendus des travaux de la Grande Loge Nationale qui procéda à cette « réforme », ainsi que le document FM1 97bis qui contient les différentes circulaires de cette Grande Loge Nationale, dont il est inconvenant de citer uniquement les extraits qui vous conviennent, et d’analyser en détail le travail remarquable qu’a publié Alain Le Bihan après une analyse complète et détaillée des dossiers de correspondance des loges conservés à la BNF.

 

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Du 5 mars au 1er septembre 1773, les travaux de réorganisation de la Grande Loge de France, sous le nom de Grande Loge Nationale, donneront lieu à dix-neuf réunions à géométrie variable qui élaboreront les statuts du Grand Orient de France. La Grande loge de France compte alors 116 loges à Paris et 260 loges de province ou militaires, soit 376 en tout. Après quelques péripéties, la Grande Loge Nationale sera composée pour les décisions finales de 54 députés désignés par 86 loges de province sur les 260 existantes, 14 députés désignés par 81 loges parisiennes sur les 116 existantes, 14 membres de la seule loge du duc de Montmorency Luxembourg (ci-contre), 8 maçons parisiens nommés par Montmorency-Luxembourg  et ne représentant qu’eux-mêmes ainsi que 6 des huit commissaires nommés par la Grande Loge de France en 1772.

 

A la suite de la décision du 14 juin 1773 de la Grande Loge Nationale de supprimer l’inamovibilité des Maîtres de Loges, la Grande Loge de France se réunit d’urgence les 17 et 20 Juin et déclare : « On nous présente comme loge nationale un comité composé d’un petit nombre de frères chargés des pouvoirs de quelques loges […] tout considéré, nous Officiers et Maîtres de la Grande Loge de France ne pouvons nous dispenser de regarder comme nul tout ce qui s’est fait et se fera par la suite dans l’assemblée dite nationale». D’autres réunions de la Grande Loge de France auront lieu les 23 juin, 30 août et 10 Septembre 1773. Neuf maîtres de loge n’en signeront pas les procès-verbaux ou quitteront la Grande Loge, on en comprend les raisons : le duc de Luxembourg les a nommés Officiers en exercice du Grand Orient.

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Le 10 Septembre 1773 la Grande Loge de France envoie aux loges une circulaire revêtue de ses sceaux et timbres, présentant les réunions de la Grande Loge Nationale, devenue le Grand Orient de France, comme des assemblées « illégales, novatrices et usurpatrices ». Le Grand Orient de France impose alors à toutes les loges de se faire reconstituer auprès de lui. L’intérêt de ces reconstitutions est qu’elles permettent d’analyser les rapports de force entre les deux protagonistes.     

 

Et il faut bien constater qu’au cours des premières années les tenants du nouveau Grand Orient ne sont pas majoritaires. 140 loges seulement sur les 376 de la Grande Loge de France seront reconstituées au cours des cinq premières années, 45 les cinq années suivantes, alors que 199 ne rejoindront pas le Grand Orient de France. Par contre, entre 1773 et 1792, la Grande Loge de France ne créera que 133 loges supplémentaires, alors que le Grand Orient de France s’avèrera beaucoup plus dynamique, constituant pas moins de 509 nouvelles loges.

 

 

La Grande Loge de France poursuivra ses travaux. Son Grand Livre d’Architecture de 1789 à 1798, au musée de la Grande Loge de France,  relate précisément ses assemblées générales, assemblées de conseil, assemblées de quartier.

 

Au vu de tout cela, il n’est pas possible d’écrire que « La Grande Loge de France prend le nom de Grand Orient de France ». Bien au contraire il s’avère que le Grand Orient de France est en 1773 une scission minoritaire de la Grande Loge de France, qui ne dépassera celle-ci en nombre de loges à l’orée de la Révolution que grâce au dynamisme et à la notoriété de ses dirigeants.

 

 

L’union de 1799 et ses suites

 

L’article écrit : « Et pour être encore plus précis, le nom de "Grande Loge de France" va disparaître en 1799, lors de la fusion de l'obédience homonyme avec le GODF. Il sera réutilisé par l'obédience que nous connaissons aujourd'hui  près d'un siècle plus tard en 1894 »

 

Ceci est formellement exact, le nom a disparu, mais cela n’implique pas la disparition des structures, des rites, et des hommes, qui peuvent constater que la cohabitation est devenue impossible après quelques années de mariage. Une femme peut quitter son mari après 20 ans de mariage et de disputes, et reprendre son nom de jeune fille, fut-ce des années plus tard, une institution aussi. Dès 1802 l’union bat de l’aile. A partir de 1804 ruptures et semi-réconciliations conduiront à la consommation du divorce en 1821.

 

La franc-maçonnerie est sortie exsangue de la Terreur. André Combes indique que lorsque Roëttiers de Montaleau (ci-contre) réunit les loges du Grand Orient de France à la Saint Jean d’été 1796,18 seulement avaient fait savoir qu’elles étaient en activité. Du côté de la Grande Loge de France, qui s’intitule elle-même seul et primitif Grand Orient de France et que l’on appelle le Grand Orient de Clermont, le compte rendu de la Saint Jean d’été 1795 est signé de 17 maîtres de loges, 31 loges peuvent être recensées dans son Grand Livre d’Architecture de 1795 à fin 1798, et 61 sont portées en activité sur son tableau de 1799. Je ne connais pas les effectifs du Grand Orient de France à cette date.

 

Pour le Grand Orient de France comme pour la Grande Loge de France, ces dizaines de loges ne sont qu’un pauvre reste des centaines de loges au travail avant la Révolution, et les deux institutions ressentent la nécessité de s’unir dans l’épreuve. Le 20 Mai 1799 sept commissaires signent un accord en neuf points et la réunion des deux Grands Orients de France est officialisée le 10 Messidor an VII de la République, 28 juin 1799. Les documents de la Réunion des deux Grands Orients de France, aux archives de la Grande Loge de France, indiquent que cette fusion se fit à parité, « les Officiers, VV\ et Députés des deux associations, jouiront des mêmes prérogatives », sous la présidence d’Alexandre  Roëttiers de Montaleau, Grand Vénérable du Grand Orient, franc-maçon respectable et respecté de tous pour sa conduite pendant la révolution.

 

Hélas, à partir de 1802, Roëttiers de Montaleau cherchera à imposer le Rite Français à tous, y compris aux loges écossaises, et cela contribuera à la rupture, les loges écossaises mécontentes offrant leurs locaux et leur appui aux frères de retour des îles d’Amérique.

 

Degrés symboliques et hauts-grades

 

L’article pose une question : « Comment expliquer que le rite qui est arrivé en France en 1804 par les bons soins du Baron De Grasse-Tilly et qui n'était à cette époque qu'un système de Hauts-Grades, puisse avoir été pratiqué (qui plus est, en loges bleues) dès 1728 ? Le rite pratiqué alors était beaucoup plus proche du rite des "Moderns" et de la Grande Loge de Londres et de Westminster". »

 

La question est justifiée, et la constatation finale tout autant.

 

Les loges écossaises ont alors des rituels variés dans les degrés symboliques, et les différences par rapport au rite français dans ces degrés sont minimes : position des petites lumières sagesse, force et beauté, acclamation, circulation du mot.

 

Mais dans les loges écossaises les liens entre degrés symboliques et hauts-grades sont forts, et les frères des degrés supérieurs jouissent depuis 1745 de prérogatives particulières en loge symbolique. On comprend dès lors que ce qui fait réagir les écossais face au décret de 1802, n’est pas tant l’imposition du rite français dans les trois premiers degrés que la volonté de faire appliquer les quatre ordres (plus un) du rite français, chers à Roëttiers de Montaleau qui en fut l’inspirateur en 1784, à la place des hauts grades écossais.

 

A partir de 1750, la Grande Loge s’est trouvée de plus en plus dirigée de fait par des frères de la filière écossaise des Chevaliers de l’Orient, qui produira le Chevalier du Soleil et le Prince de Jérusalem, ce qui conduira d’ailleurs à des frictions à partir de 1760, puis à la crise de 1767, directement à l’origine de la scission de 1773.

 

La patente accordée à Etienne Morin le 27 août 1761 est signée, « sous le bon plaisir de Son Altesse Sérénissime et Très Illustre Frère Louis Bourbon, comte de Clermont (ci-contre), prince du sang, Grand Maître et protecteur de toute les Loges régulières » par les officiers de la loge du Grand Maître et par les frères qui constituent l’état-major de la Grande Loge de France, les uns et les autres tous Chevaliers de l’Orient, avec en tête Chaillon de Jonville « Substitut Général de l’Ordre…, chef des grades éminents, Commandeur et Sublime Prince du Royal Secret ».

 

Lorsqu’il appareille de Bordeaux en mars 1762 « en qualité de Grand Inspecteur dans toutes les parties du Nouveau Monde » avec pouvoir « d’établir dans toutes les parties du monde la parfaite et sublime maçonnerie », 28 des 33 grades du futur Rite Ecossais Ancien et Accepté sont attestés en France, deux autres le seront en 1766, un autre en 1768, l’avant dernier en 1776, et le dernier, Grand Inspecteur Général, ne sera semble-t-il que la transformation en grade de la fonction attribuée à Etienne Morin. Même si le terme de Rite Ecossais Ancien et Accepté n’apparait qu’en 1804, en même temps que l’unification de ses rituels symboliques autour du rituel des Anciens, la Grande Loge de France d’avant 1773 a vécu sous la prégnance de ces hauts grades et des frères de ces grades qui la dirigeaient de fait.

 

On comprend que les loges écossaises rétives au décret restrictif de 1802 aient accueilli à bras ouverts le Comte Auguste de Grasse de Rouville, Marquis de Tilly (et non Baron) venant réveiller en France cette prégnance en même temps que leur passé.

 

La nouvelle fusion du 5 décembre 1804 imposée par Napoléon 1er consacrera la disparition de la Grande Loge Générale Ecossaise, qui en 45 jours d’existence aura cependant eu le temps de rédiger les rituels des trois premiers degrés, dont ceux de la Grande Loge de France actuelle sont encore très proche. Ce concordat sera rapidement suivi de nouvelles anicroches, fusions et ruptures, jusqu’à ce qu’enfin, en mai 1821, un Suprême Conseil de France unique, gérant l’ensemble des degrés écossais du 1er au 33ème, ne fasse revivre sous sa houlette ces grades, ces rituels, ces loges et ces ateliers dans le même esprit et avec la même prégnance que la Grande Loge de France d’avant 1773.

 

La période de 1894 à 1904 verra la mise en place progressive, parfois difficile et conflictuelle, parfois empreinte de tacite compréhension comme entre René Raymond et Gustave Mesureur, de deux souverainetés distinctes dans une responsabilité commune vis-à-vis du Rite Ecossais Ancien et Accepté, et la Grande Loge de France retrouvera son nom.

 

Certes, il est juste de reconnaître que ce nom ne fut pas utilisé pendant un siècle, de 1799 à 1894, mais il me parait difficile de contester, surtout de manière ironique, expéditive, et définitive, les liens d’héritage qui relient ce rameau de la franc-maçonnerie bien spécifique à son passé.

 

Louis Trébuchet

 

 

°°°°°°°°°

 

Je ne saurais que remercier mon ami Louis Trébuchet de cette mise au point essentielle (que vous retrouverez largement explicitée dans tous les détails dans ses ouvrages les plus récents).

 

Les francs-maçons écossais d'aujourd'hui, et notamment ceux de la Grande Loge de France , doivent se réapproprier et surtout connaître leur histoire.

 

Elle ne saurait se confondre - à de rares exceptions près - avec celle du Rite Français qui a sa propre spécificité et qui vient en effet de "l'invention" de la Franc-Maçonnerie (pour citer le titre très juste d'un ouvrage de Roger Dachez). Si Désaguliers "invente" la Franc-Maçonnerie obédientielle pour servir le but qu'il s'était assigné - à savoir le soutien à la nouvelle monarchie hanovrienne protestante anglaise - il existe bien et bien antérieurement une maçonnerie - notamment écossaise et irlandaise - prééexistante à l'invention du Dr Désaguliers.

 

C'est cette maçonnerie antérieure à l'invention désagulienne que nous retrouvons dans la maçonnerie des Anciens (bien que formellement la Grande Loge des Anciens soit créée en 1751) et qui se retrouve en France à travers cette maçonnerie écossaise qui donnera, comme nous le démontre très bien Louis Trébuchet, la maçonnerie écossaise telle qu'elle existe aujourd'hui au sein de la Grande Loge de France.

 

Que le rite français (pour ne pas dire le GODF...) ait souvent tenté (et parfois réussi comme entre 1799 et 1804 puis entre 1804 et 1815) d'absorber les maçons écossais, jusqu'à ce que - de 1821 à aujourd'hui -  le Rite Ecossais Ancien et Accepté, sous ces diverses formes institutionnelles (Grande Loge Centrale, Suprême Conseil, Grande Loge Symbolique écossaise, Grande Loge de France) puisse vivre et se dévolopper de façon indépendante et souveraine, en dehors des tentatives infructeuses d'assimilation forcée tentées par le rite français et le Grand Orient de France.

 

Pour seulement voir d'où la Grande Loge de France, qui travaille au Rie Ecossais Ancien et Accepté puise ses racines, il suffit de lire par exemple le nom "officiel" complet de la Grande Loge d'Écosse  (Grand Lodge of Scotland ou Grand Lodge of Antient, Free and Accepted Masons of Scotland) qui a  été fondée en 1736. Nous pouvons traduire par Grande Loge d'Ecosse ou Grande Loge des Anciens francs-maçons acceptés libres d'Ecosse...

 

Que Gérard Contremoulin continue de produire les vieilles anciennes tendant à une vision apologétique du rôle du Grand Orient de France à travers les siècles cela est bien normal. Il convenait simplement d'apporter ici quelques précisions historiques essentielles. Que Louis Trébuchet en soit remercié.

 

Jean-Laurent Turbet

 

° Pour aller plus loin :

 

° De L'Ecosse à l'écossisme, tome 1 1475-1743, sur ce site.

 

° De l'Ecosse à l'écossisme, tome 2 1743 - 1761 , sur le site Amazon.fr. Le nouveau livre de Louis Trébuchet. A vous procurer absolument. Editions UBIK, 2014.

 

° 2CAL1 : "La Genèse du REAA" avec Louis Trébuchet le 11 avril 2014, sur ce site.

 

°  Les livres de Louis Trébuchet sur Amazon.

 

° "En quête des trois premiers degrés du Rite Ecossais Ancien et Accepté" publié chez Dervy en 2007

 

° "Saint Jean d'Ecosse, Mère loge écossaise de Marseille ".publié aux éditions UBIK en 2011.

 

 

Histoire Maçonnique : Louis Trébuchet répond à Gérard Contremoulin.
Histoire Maçonnique : Louis Trébuchet répond à Gérard Contremoulin.
Histoire Maçonnique : Louis Trébuchet répond à Gérard Contremoulin.

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Wanderer 30/05/2014 12:37

Tres grande Sagesse de NTCF Louis sur ce sujet, tant par la qualite du travail d'historien que par l'esprit de rectification des bruits, erreurs et raccourcis de par trop entendus de-ci de-la, parfois a des fins que l'on suppose partisanes.
Bravo!

Frat***

W.

Jean-Louis 30/05/2014 08:49

Excellent article très documenté dans lequel malgré la qualité et l'érudition évidente de l'auteur, on ne peut au final que donner raison à l'article de G. Contremoulin. Au regard de documents postérieurs aux dates on extrapole et on tire des conclusions qui ne sont attestées que dans l'écrit. ça me rappelle un peu (toutes proportions gardées) une attitude bien connue. On forge des certitudes deux siècles après l'existence supposée (aucun document d'époque ne l'atteste)d'un être divin et on vend ça comme un dogme. Pardon, mais je ne suis pas convaincu. Déductions et hypothèses ne représentent pas - à mes yeux - des "preuves". En toute fraternité. Jean-Louis ABOU

Anonyme 02/06/2014 22:13

Ce commentaire m'a incité à lire l'article de G. Contremoulin afin de me faire une opinion. Voici les quelques commentaires que je retire de ma lecture (les citations de l'article de G. Contremoulin sont entre guillemets):

"On pourra remarquer avec amusement que cette quête est assez similaire finalement à celle des "Ancients" en Angleterre. Ils voulaient absolument montrer en créant une deuxième obédience en 1751, qu'ils étaient les véritables tenants des anciennes traditions à la différence de ceux qu'ils qualifièrent de "Moderns". Or, les "Moderns" étaient ces francs-maçons de 1717 qui avaient crée la Grand Loge de Londres et de Westminster...

Là s'arrète la similitude car lors de leur fusion en 1813, qui donna naissance à la GLUA, c'est sur la base de cette 2° Grande Loge que celle-ci se constitua : les Moderns avaient perdu. La bataille avait duré 62 ans !"

Il a donc été nécessaire que les « anciens » recourent à la création d’une obédience afin de préserver leur tradition. Ils ont d’ailleurs eu gain de cause. Apprécions le parallèle avec la bataille pour la sauvegarde du REAA. Le GODF a tenté de se l’accaparer, essaie encore de le modifier pour le rapprocher du Rite Français (voir en particulier le passage au 2ème degré) et en définitive s’en proclamer le gardien et protecteur. Il n’y a rien d’amusant à devoir recréer une obédience de loges bleues pour assurer la pérennité de la tradition écossaise en Franc-maçonnerie.

"1773, c'est la date à laquelle la première obédience portant le nom de Grande Loge de France, parfait homonyme, prend le nom de ... "Grand Orient de France" à la suite de la réforme de Montmorency-Luxembourg.

C'est une réforme structurelle qui modifie fondamentalement l'obédience. C'est la raison pour laquelle on parle de "formation du Grand Orient de France"."
....
"Et pour être encore plus précis, le nom de "Grande Loge de France" va disparaître en 1799, lors de la fusion de l'obédience homonyme avec le GODF. "

D’après G. Contremoulin, en 1799, disparaît La Grande de France qui, toujours d’après lui, n’existait déjà plus depuis 1773 du fait de sa transformation en GODF. Il apparaît que G. Contremoulin a tellement besoin de faire disparaître la GLDF d’origine, qu’il trouve le moyen de la faire disparaître deux fois à quelques années d’intervalle. A force de trop vouloir prouver…

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